• Las Vegas

    De ce que j'ai pu en comprendre, dans le manuscrit original de Twilight, Bella, Edward et Alice restèrent un moment à Phoenix pendant qu'elle se remettait de ses blessures, puis ils passèrent par Las Vegas sur le chemin du retour. Cette scène se passe dans un casino de Las Vegas. Bella a encore son plâtre.


      Le matin suivant, nous allâmes au casino. La lumière du jour ne pouvait filtrer à l'étage des jeux, ce fut donc très facile. Edward me dit qu’il était souvent attendu d’eux qu’ils aillent perdre un peu d’argent dans l’hôtel – les suites comme la nôtre étaient réservées à cette classe spéciale de visiteurs connu comme étant de gros joueurs.
    

    Tandis qu’ils marchaient – et que je faisais avancer ma chaise roulante – à travers les hectares du casino élégamment décoré, Alice s’arrêta trois fois devant une machine à sous particulière et glissa une carte dans le scanner. Chaque fois qu’elle faisait cela, une sirène se mettait à hurler, les lumières flashaient, et une simulation sonore de pièces tombant indiquait que ses gains avaient été crédités à sa chambre. Elle essaya de me pousser à le faire une fois, mais je secouais la tête, sceptique.


         - Je pensais que tu étais supposée perdre de l’argent, l’accusai-je.

         - Oh, je vais le faire, m’assura-t-elle. Mais pas avant de les avoir fait transpirer un peu.


         Son sourire était unique.
         Nous atteignîmes une section de l'énorme casino plus luxueusement décorée, où il n’y avait ni machine à sous, ni touristes habillés de façon décontractée, avec des gobelets en plastique pleins de pièces.


     
     Des chaises recouvertes de tissu remplaçaient les tabourets de bar orientables, et les voix étaient basses, sérieuses. Mais nous continuâmes encore plus loin, passant plusieurs portes ornées d’or, vers une autre pièce, sûrement privée, encore plus somptueuse. Finalement je compris pourquoi Alice avait insisté sur le châle vert émeraude de soie entourant la robe qu’elle m’avait passée aujourd’hui, pourquoi elle-même portait un long sarong en satin blanc – avec un petit haut en dentelle qui ceinturait son estomac blanc et plat – et pourquoi Edward était si incroyablement irrésistible dans un autre costume en soie claire. Les joueurs dans cette salle étaient tous habillés avec une splendeur huppée dont le coût devait dépasser mon imagination.

    Quelques-uns des impeccables hommes les plus vieux avaient même des jeunes femmes aux robes sans bretelles étincelantes qui se tenaient derrière leurs chaises, comme dans les films. J’eus pitié de ces magnifiques femmes lorsque leurs yeux se posèrent sur Alice et Edward, réalisant leur propre insuffisance à la vue de la première, et mesurant l'insignifiance de leurs partenaires en lorgnant le second. J’étais une énigme, et leurs yeux glissèrent sur moi avec insatisfaction.


         Alice s’échappa vers les longues tables de roulette, et je grimaçai en pensant aux dégâts qu’elle allait provoquer.


         - Tu sais jouer au Black Jack, bien sûr, me murmura Edward à l’oreille en se penchant.
         - Tu plaisantes ?


         Je pouvais sentir mon visage pâlir.



         - Connaissant ta chance, je ne pourrais pas perdre de meilleur façon qu’en te laissant jouer, gloussa-t-il.


         Il me fit rouler jusqu’à une table où trois chaises étaient encore libres. Les deux hommes asiatiques exceptionnellement dignes, et habillés de façon immaculée me jetèrent un coup d’œil incrédule tandis qu’Edward me soulevait doucement pour me reposer sur un des sièges libres, et prenait le siège à côté du mien. La beauté orientale délicate qui se tenait en bout de table regarda avec une incrédulité empreinte d’insulte Edward me caresser les cheveux d’une façon possessive.


         - N’utilise qu’une main, souffla-t-il presque en silence dans mon oreille. Et garde tes cartes au-dessus de la table.


         Edward dit quelques mots discrets au donneur, et deux impressionnantes piles de jetons bleu foncé apparurent sur la table devant nous. Ils n’avaient pas de chiffres – et je ne voulais pas savoir, de toute façon. Edward poussa une petite pile devant lui, et une plus grande devant moi. Je lui lançai un regard furieux, prise d'une panique embarrassante, mais il sourit simplement d’un air espiègle, pendant que le donneur distribuait rapidement les cartes.

     Je pris précautionneusement les miennes d’une seule main, les tenant au-dessus de la table, rigides. J’avais deux neuf. Edward tenait ses cartes avec souplesse ; je pouvais voir qu’il avait un cinq et un sept. Je jetai un regard circonspect aux deux gentlemen à côté de moi, absorbée mais terrifiée, regardant avec soin le protocole concernant cette table de Black Jack réservée aux gros joueurs. À mon grand soulagement, cela semblait assez facile.

    Le premier tapa légèrement le haut de ses cartes du bout des doigts et reçut une carte, le second glissa le bout de ses cartes sous sa mise, les laissant sur la table, et ne regarda pas. Je reposai rapidement mes cartes, les fourrant maladroitement sous mes jetons – les joues en feu – quand le donneur me regarda. Je notai tardivement que le donneur avait une reine. Edward effleura légèrement la table**, et le donneur jeta un neuf sur la table devant lui. Je lui jetai un regard furieux tandis que les hommes à côté de moi murmuraient d’un air appréciateur.



         Le donneur avait un valet, et je perdis, tout comme les deux gentlemen asiatiques. Il nous retira doucement nos jetons. J’entendis un brouhaha tamisé en provenance de la table de roulette, mais j’avais trop peur de regarder. Edward poussa une autre pile de mes jetons sur la table, et tout recommença.
         Quant je n’eus plus aucun jeton, Edward me donna la moitié des siens, incapable de contenir son sourire amusé. Il s’en sortait bien, gagnant trois fois plus souvent que les autres hommes à la table. Mais vu qu’il s’occupait du montant de mes mises, je perdais mes jetons plus vite qu’il n’empochait les siens. Je n’avais encore gagné aucune manche.

    C’était humiliant – mais au moins j’étais sûre de ne jamais devenir accro au jeu.
         Enfin, je perdis notre dernière pile de jetons. Les gentlemen asiatiques et leur escorte féminine regardèrent Edward avec une curiosité impressionnée tandis qu’il ne pouvait plus contenir son hilarité, gloussant silencieusement, mais avec un profond amusement, tandis qu’il me remettait dans ma chaise roulante. Je piquai un fard et gardai mes yeux sur l’épais tapis alors qu’il me poussait, toujours en riant.


         - Je suis la pire joueuse de l’histoire, murmurai-je pour m’excuser.
         - En fait, tu ne l’es pas. C’était tellement drôle.


         Il rit de nouveau.


         - Tu n’as rien fait de mal, si ce n’est jouer de façon un peu conventionnelle. Les chances pour que tu perdes toutes les manches...


         Il secoua la tête, tout sourire.
         Nous arrivâmes à la table de roulette, juste à temps pour regarder Alice perdre sa spectaculaire pile de jetons, dans un tour de roulette désastreux. Les nombreux joueurs pleins d’espoir qui avaient parié avec elle sur le dix-sept noir avaient l'air assassin.


         - Avons-nous assez perdu ? murmurai-je pendant que nous passions les portes dorées.
     
     - Je pense que la maison est satisfaite. Tu es probablement leur cliente préférée aujourd’hui, ricana-t-il.
        
    - S’il te plaît, promets-moi une chose.
         - Tout ce que tu veux.
     
       - Ne me dis jamais, au grand jamais combien nous avons perdu aujourd'hui, s’il te plaît.


         Nous étions de retour dans le casino bruyant à ce moment-là, et son rire fut irrépressible.

     


                                                                                    Fin de tous les bonus !


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  • EMMETT ET L'OURS

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    Note de Stephenie Meyer : "Ce bout a été supprimé de l'épilogue original (de Twilight NdT). Même si j'explique brièvement l'histoire d'Emmett dans le chapitre 14 "La raison et la chair", cela me manquait vraiment de ne pas avoir les détails de sa propre bouche."


         
    J’étais surprise de voir qu’une étrange affinité s’instaurait entre Emmett et moi, surtout parce que, de tous, il avait été celui qui m’effrayait le plus pendant longtemps. Cela concernait la manière dont nous avions été choisis pour rejoindre la famille ; nous avions tous les deux été aimés – et aimé en retour – alors que nous étions humains, même si cela avait été très court pour lui. Seul Emmett se souvenait – lui seul pouvait comprendre le miracle qu’Edward constituait pour moi.

          Nous parlions de cela pour la première fois un soir, alors que nous étions tous les trois allongés sur les canapés du salon,
    Emmett me régalant doucement de ses souvenirs, encore mieux que des contes de fées, tandis qu'Edward se concentrait sur la chaîne Cuisine – il avait décidé qu’il devait apprendre à cuisiner, à ma grande surprise, et cela lui était difficile sans les sens indispensables de l’odorat et du goût. Enfin, il y avait quelque chose qui ne lui venait pas naturellement. Ses sourcils parfaits se froncèrent devant le célèbre chef améliorant sa recette en la goûtant. Je réprimai un sourire.
       
    - Il finissait de jouer avec moi, et j'ai su que j’allais mourir, se souvint doucement Emmett, concluant le conte de ses années d’humain avec l’histoire de l’ours.
         Edward ne nous prêtait aucune attention ; il avait déjà entendu cette histoire.
         - Je ne pouvais pas bouger, et j’étais en train de perdre conscience, quand j’ai entendu ce que je croyais être un autre ours, et ce que j’imaginais être une lutte pour savoir qui emporterait ma carcasse. Soudain, j'ai senti que je volais. Je pensais être mort, mais j’essayais tout de même d’ouvrir les yeux. Alors je l'ai vue –
         Son visage était incrédule à ce souvenir ; je m’identifiais totalement,
         - Et j'ai su que j’étais mort, enchaîna-t-il. Je me fichais complètement de la douleur – je luttais pour garder mes paupières ouvertes, je ne voulais pas manquer une seule seconde de ce visage d’ange. Bien sûr, je délirais, je me demandais pourquoi nous n’étions pas encore au paradis, pensant que cela devait se trouver plus loin que je ne le pensais. Je m’attendais à ce qu’elle décolle. Puis elle m’a amené à Dieu.
         Il rit de son rire puissant. Je pouvais tout à fait comprendre que n'importe qui fasse cette supposition.
         - Je pensais que ce qui m'est arrivé ensuite était mon jugement. J’avais eu trop de plaisirs dans mes vingt années humaines, donc je n'ai pas été surpris par les feux de l’enfer.
         Il rit de nouveau, je frissonnai. Le bras d’Edward me resserra inconsciemment.
         - Ce qui m'a surpris est que l’ange n'est pas parti. Je ne comprenais pas comment une chose aussi jolie pouvait rester en enfer avec moi – mais je lui en étais reconnaissant. A chaque fois que Dieu venait voir mon état, je craignais qu’il ne l’emporte loin de moi, mais il ne l'a jamais fait. J'ai commencé à penser que ces prêtres qui parlent d’un Dieu miséricordieux avaient peut-être raison, après tout. Puis la douleur a disparu... et ils m’ont expliqué.
         - Ils ont été surpris de voir à quel point le fait d'être un vampire me perturbait peu. Mais si Carlisle et Rosalie, mon ange, étaient des vampires, était-ce si mal ?
         J'acquiesçai, totalement d’accord, tandis qu’il continuait.
         - J'ai eu plus de problèmes avec les règles... gloussa-t-il. Tu n’en pouvais plus de moi au début, n’est ce pas ?
         Le coup de coude joueur qu’Emmett mit dans l’épaule d’Edward nous fit valser tous les deux.

        Edward grogna sans détacher ses yeux de la télé.

        
    - Donc, tu vois, l’Enfer n’est pas si mal si tu as un ange près de toi, m’assura-t-il avec malice. S'il change un jour d’avis pour accepter l’inévitable, tu t’en sortiras bien.
         Le poing d’Edward bougea si vivement que je ne vis pas ce qui cogna Emmett, l’étalant sur le canapé. Les yeux d’Edward n'avaient pas quitté l’écran.
         - Edward ! le grondai-je, horrifiée.
         - Ne t’inquiète pas, Bella.
         Emmett était de nouveau à sa place, imperturbable.
         - Je sais où le trouver.
         Il regarda au-dessus de ma tête, vers Edward.
         - Tu devras la lâcher à un moment ou un autre, menaça-t-il.
         Edward grogna simplement en guise de réponse, sans lever les yeux.

        
    - Les garçons ! appela brusquement la voix réprobatrice d’Esmée du bas des escaliers.

    FIN


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  • BADMINTON <o:p></o:p>

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    - J’entrai dans le gymnase, étourdie. Je dérivai vers le vestiaire vaguement consciente des autres personnes qui m’entouraient. La réalité ne s’installa pas complètement avant d' avoir une raquette dans la main. Elle n' était pas lourde mais pourtant elle semblait dangereuse entre mes doigts. Je pouvais voir quelques-uns des élèves de ma classe me jeter des regards discrets. Le Coach Clapp nous ordonna de nous mettre par équipes de deux.
         Quelques restes de la galanterie généreuse de Mike avaient survé
    cu ; il vint se poster à côté de moi.
        
    - Veux tu qu’on fasse équipe ? demanda-t-il gaiement.
         - Merci, Mike – tu n’es pas obligé de faire ça tu sais, grimaçai-je.

        
    - Ne t’inquiète pas, je me tiendrai loin de toi, sourit-il en un rictus.
         Parfois il était facile d’apprécier Mike.


         La séance ne se passa pas en douceur. J’essayai de rester loin de mon ami pour qu’il puisse garder le volant en jeu, mais le Coach Clapp lui ordonna de rester de son côté du terrain pour que je puisse p
    articiper. Il resta à nous regarder.
         Dans un soupir, je me recentrai sur le terrain, tenant ma raquette bien droite, mais toujours délicatement.

    La fille de l’autre équipe me lança un sourire méprisant en servant le volant à quelques pas du filet, juste dans ma direction. Je bondis en avant sans grâce, visant de mon revers la direction du petit morceau de caoutchouc, mais j’oubliai de prendre le filet en compte. Ma raquette rebondit dessus avec une force surprenante, s’échappant de ma main pour atteindre mon front, avant de mettre une raclée sur l'épaule de Mike qui s’était élancé pour rattraper le volant que j’avais complètement loupé.
         Le Coach Clapp étouffa un rire,
         - Désolé, Newton, dit-il, s’éloignant pour que nous puissions retrouver nos anciennes positions, moins dangereuses.
         - Tu vas bien ? me demanda Mike massant son épaule, tandis que je m' essuyais le front.
         - Oui, et toi ? demandai-je ramassant mon arme.
         - Je pense que je vais m’en sortir.
         Il fit décrire un grand cercle à son bras, s’assurant qu’il avait toujours sa mobilité.

        
    - Je crois que je vais rester à l’arrière.
         Je marchai jusqu’au fond du terrain, tenant 
    fortement ma raquette dans mon dos.

     

    FIN


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  • NARCOTIQUES

    Note de Stephenie Meyer : Vous reconnaîtrez cette scène de la fin du chapitre 2 de Tentation. Seules quelques lignes ont changé. C’est la première version, Carlisle a donné un médicament  à Bella pour l’aider à lutter contre la douleur et elle a une réaction imprévue. Pourquoi ce morceau a-t-il été coupé ? Premièrement,  mes éditeurs pensaient que l’ambiance ne collait pas (j’ai essayé de mettre une touche d’humour partout, ils m’en ont empêché). Deuxièmement, ils ne pensaient pas que la réaction de Bella était réaliste. Mais la blague s’est retourné contre eux, car l’histoire est tirée d’un fait réel (mais pas le mien cette fois ci).


        Je m’effondrai de nouveau sur mon oreiller, le souffle court, ma tête tournait. Mes bras ne me faisaient plus souffrir, mais je ne savais pas si cela était dû aux antis-douleur ou au baiser. Quelque chose d'insaisissable me revint en mémoire...
     
        - Désolé, dit-il, le souffle court lui aussi. C’était déplacé.
        A ma propre surprise, je ricanai.
        - Tu es drôle, marmonnai-je, ricanant de nouveau.

        Il fronça les sourcils dans la pénombre. Il avait l’air si sérieux. C’était délirant.

       Je couvris ma bouche, étouffant mon fou rire po
    ur ne pas que Charlie m’entende.
        - Bella, est-ce que tu as déjà pris du Percocet auparavant ?

        - Je ne crois pas, gloussai-je. Pourquoi ?

        Il leva les yeux au ciel ; je ne pouvais plus m'arrêter de rire.
        - Comment va ton bras ?

        - Je ne le sens plus. Est-ce qu’il est toujours là ?

        Il soupira tandis que je continuais de rire.
      
      - Essaie de dormir, Bella.
        - Non, je veux que tu m’embrasses encore.
        - Tu surestimes mon contrôle.

        Je ris, sarcastique.
        - Qu’est ce qui t’ attire le plus, mon sang ou mon corps ?
        Ma question me fit rire.

        - C’ est du pareil au même.
        Il me fit malgré lui un grand sourire.
        - Je ne t’avais jamais vu planer. Tu es très divertissante.
     
        - Je ne plane pas.
         J’essayai d’étouffer mon fou rire pour le prouver.
        - Dors maintenant, suggéra-t-il.

        Je réalisai que j’étais en train de me ridiculiser, ce qui était assez commun, mais c’était tout de même embrassant, donc je tentai de suivre son conseil. Je mis ma tête sur son épaule une nouvelle
    fois, et fermai les yeux. De temps en temps, un rire m’échappait. Mais cela devint moins fréquent au fur et à mesure que la drogue m’enfonçait dans  l'inconscience.




                                                                             
          
         Je me sentis absolument hideuse le lendemain matin...

    FIN




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  • Être Jacob Black<o:p></o:p>


         Donc tu es un gamin heureux. Tu as quelques bons amis, ton père est vraiment cool, bien qu'un peu superstitieux. Tu es relativement bon à l'école - tu n'as pas à travailler trop dur pour y arriver. Tu as beaucoup de liberté. Tu aimes tout ce qui touche la mécanique.

         Un jour, la fille du meilleur ami de ton père arrive dans le coin. Elle est vraiment mignonne dans son genre, mais, plus que ça, vous êtes directement sur la même longueur d'onde tous les deux. Même état d'esprit. Bella fait une sortie avec tous ses amis du lycée, et elle parait très intéressée par tout ce que tu dis. Elle te plait immédiatement, mais tu sais qu'elle est hors d'atteinte. Elle est lycéenne, tu es un gamin - faut pas rêver. Malgré tout, tu penses beaucoup à elle. "Peut-être qu'un jour..." tu te dis.
    Bien sûr, tu es beaucoup plus intéressé maintenant, chaque fois que ton père parle de Charlie. Tu continues à pousser ton père à s'excuser auprès de Charlie pour les Cullen. Dans ta tête, Billy est le seul qui soit en tort. Tu le presses de s'excuser. Finalement, il le fait. Il se rend là-bas, et, naturellement, tu l'accompagnes. Quelqu'un doit bien conduire. (Tu sais que tu ne dupes personne, Billy voit totalement à travers toi).
        
         Donc tu vois Bella avec un gars dans une super voiture (la voiture est la première chose que tu remarques. Tu es impressionné). Tu as trop d'amour-propre pour avouer qu'il est pas mal. Observateur comme tu l'es, tu peux voir l'étincelle qu'il y a entre eux. Tu soupires - pourtant, tu savais qu'elle serait très vite prise. Mais les relations du lycée sont les plus importantes, alors tu l'acceptes. Tu te demandes qui il est (tu connais tout le monde autour d'elle) et pourquoi ton père réagit si bizarrement.

         Tu as une chance de parler à Bella, et c'est sympa, encore une fois. C'est vraiment agréable d'être avec elle. Tu la questionnes à propos du gars, et c'est un Cullen, maintenant tu as le pourquoi du comment de la réaction de Billy. Tu passes une bonne soirée avec Bella, excepté le fait qu'elle parait très dissipée et qu'elle porte un nouveau parfum que tu n'aimes pas du tout.

         Tu rentres chez toi et ton père est insoutenable. Il appelle tous ses amis superstitieux. Tu peux entendre (en écoutant discrètement depuis ta chambre) qu'ils lui disent que ce ne sont pas ses affaires. Tu es d'accord, mais Billy ne te demande pas ton avis. Ton père pense que ce gars est littéralement une espèce de monstre - c'est tellement embarrassant.
    Billy retourne rendre visite à Charlie, et il est toujours très inquiet pour Bella. Il est très tendu, et tu devines (il marmonne quand il est agité) qu'il pense qu'il est en train de violer ce légendaire traité. Tu es à moitié conscient qu'il faudrait que tu lui dises que tu as raconté l'histoire à Bella, mais tu sais que tu vas être disputé, donc tu ne dis rien.

         Tu revois Bella avec son ami. Évidemment, c'est son petit ami - il l'embrasse dans le cou avant qu'elle ne rentre. Billy a presque une attaque. Oh, c'est vrai - vampires. Mince, ce vieillard va encore vous humilier tous les deux. Tu te demandes pourquoi son petit ami reste assis dans la camionnette...
    Tu es plus triste que tu n'aurais pensé l'être. Tu pensais que tu aurais accepté que Bella ait un petit ami, mais cette épreuve et plus déprimante que tu ne le pensais. Il y a une différence entre supposer quelque chose et le voir par soi-même. Soupir. Ton père t'envoie dehors chercher quelque chose, et tu réalises plus tard qu'il voulait parler à Bella seul à seul. Tu espères qu'il n'est pas passé pour un imbécile.

         La vie continue. Tu as plusieurs relations avec des filles de l'école, mais elles s'achèvent rapidement. Tu penses encore beaucoup à Bella. Tu espères que tu pourras juste passer encore de bons moments avec elle, mais ton père réagit toujours comme un idiot à propos des Cullen. Il ne te laissera pas lui rendre visite. Comme si tu allais être blessé ou un truc du genre. Tu roules beaucoup des yeux face à lui.
    Un jour, Bella quitte Forks. Quand Billy te l'annonce, ça te blesse profondément. Tu t'inquiètes pour elle - ça te réveille la nuit. Tu n'avais pas idée à quel point elle était malheureuse. Tu es furieux que Billy ne t'aies pas laissé la voir. Peut-être que tu aurais pu l'aider...

         Puis Charlie appelle Billy pour lui dire que Bella a eu un terrible accident à Phoenix - elle est tombée à travers une fenêtre et elle est dans un sale état à l'hôpital. La nouvelle est comme une enclume qui te tombe sur la tête. Quand Billy apprend que le Dr. Cullen est là-bas en train de la soigner, il supplie Charlie de prendre l'avion immédiatement. Ils se disputent encore. Tu proposes de partir là-bas pour prendre de ses nouvelles, et Billy se déchire devant toi. Tu pars, mais tu es retenu au dernier moment. Tu l'entends au téléphone avec quelqu'un, hurler à propos de traités et de guerres - tu n'entends pas très bien à travers la porte. Mais tu l'entends dire que les Cullen ont blessés Bella, et aussi Sam. Tu te demandes ce que Sam vient faire dans cette conversation. Mais tu ne t'attardes pas longtemps là-dessus. Tu es trop inquiet pour Bella.

         Bella guérit et revient à la maison. Tu meurs d'envie de la revoir - bien sûr tu pourrais au moins lui apporter un bouquet de fleurs pour son bon rétablissement ou quelque chose. Mais Billy t'interdis d'y aller, et tu ne peux demander à personne de te prêter une voiture (ils sont tous du côté de Billy). Tu n’arrives pas croire à quel point cette histoire de vampires est allée loin.

         Et puis Billy change de comportement. Il veut que tu ailles parler à Bella. Mais il veut que tu fasses irruption à son bal de promo. Tu es mortifié. Cependant, il t'offre un pot-de-vin, et tu veux vraiment voir Bella. Alors tu y va. Bella est tellement belle. Tu lui transmets le message embarrassant de Billy, mais, à ton grand soulagement, elle en rit avec toi. Tu vois qu'elle regarde Edward Cullen, et tu comprends qu'elle est vraiment hors d'atteinte. Mais tu vas bien, parce que tu sais aussi qu'elle sera toujours ton amie. Tu veux qu'elle soit heureuse, et ce gars la rend clairement heureuse. Tu te sens mal pour tous les préjugés de ton père envers les Cullen, et tu souhaites qu'ils soient ouverts aux excuses. Bella porte encore un drôle de parfum. Tu te demandes pourquoi elle l'aime bien.
    Tu passes un super été à La Push. Tu travailles dans ton garage la plupart du temps, tu fais quelques heures par semaine au magasin pour avoir un peu d'argent, tu sors avec Embry et Quil, tu fais quelques sorties en groupe. Une fille en pince pour toi, mais c'est juste une amie pour toi. Billy est toujours inquiet pour Bella, et tu ne peux pas t'empêcher d'y prêter attention quand son nom est mentionné. Il y a un stupide gang qui se forme en ville, et toi et tes amis vous moquez de Sam et des siens derrière leur dos.
    L'école recommence, et tout est normal.

         Tard dans la nuit, Billy reçoit un coup de fil affolé de Charlie. Bella a disparu, il pense qu'elle est perdue dans les bois. Billy lui promet de l'aide. Tu accoures pour aider, mais il te dit "non". Tu es tellement furieux, que tu pars à pied quand même. Tu arrives là-bas vers trois heures du matin, et tout le monde s'en va à ce moment-là. Bella est endormie te disent-ils, donc tu ne rentres pas. Tu vois Sam, Jared et Paul, et ça te met hors de toi. Mr. Weber te propose de te ramener lorsqu'il te voit marcher. Il est le seul à t'annoncer que les Cullen sont partis. Les gens n'arrêtent pas d'en parler. Edward a quitté Bella dans les bois, et elle s'est évanouie là-bas.

         Au début, tes sentiments sont confus. Tu dois admettre que tu es quand même content, mais tu essaies de ne pas y penser. Ils ont tort - Bella doit être très malheureuse. Tu espères qu'elle va bien.
    Puis tu as les détails. Charlie est désespéré, et il appelle souvent Billy pour qu'il l'aide. Mais aucune de tes sœurs n'a connu cela, et Billy ne peux pas l'aider plus que ça. Tu apprends à quel point Bella va mal, dans un état catatonique, sans manger ni dormir.

         Tu commences à détester Edward Cullen. Comment a-t-il pu faire cela à une personne si géniale et si gentille? Quelle espèce de monstre est-il? Tu t'en veux d'avoir toujours voulu t'excuser auprès de lui.
    Au même moment, tu es aussi furieux que les gens de La Push soient si heureux du départ des Cullen. Ça t'ennuie beaucoup. Ils font la fête pour la même chose qui a dévasté Bella.
    Le temps passe, et Charlie est de plus en plus inquiet. Billy ne t'interdis plus d'aller voir Bella, mais tu sais d'instinct qu'elle n'a pas envie de te voir - ni personne d'autre. Tu essayes de ne pas trop t'inquiéter pour elle, mais c'est dur quand Billy est sans arrêt en train de parler d'elle. Elle ressemble à un zombie selon Charlie. Elle n'a plus jamais sourit depuis qu'Edward est parti.

         Un mois s'écoule. Un jour, tu entends le ronronnement familier d'un engin devant la maison. Tu peux à peine le croire, mais Bella vient de s'arrêter. Tu frissonnes jusqu'à ce que tu la voies. Elle est dans un état encore pire que ce que tu avais imaginé. Elle a perdu beaucoup de poids et de profonds cernes entourent ses yeux. Ses cheveux semblent plus foncés, et elle est blanche comme un linge. On dirait qu'elle va s'écrouler à tout instant. Et puis elle te regarde, et elle sourit d'un véritable sourire. Elle est contente de te voir. Ce n'est pas grand chose, mais c'est tout pour toi.

         Tu prêtes attention à tout ce qu'elle dit ou fait, sans qu'elle ne le remarque. Tu compares son image à ce que tu en as entendu dire par Charlie. Elle te parle des motos et tu es très excité. C'est quelque chose que tu maîtrise, et tu crânes un peu. Elle a l'air vraiment à l'aise, et tu te sens pareil. C'est comme si elle avait été avec toi tous les jours durant les années passées - tu n'as pas l'impression de ne pas l'avoir vue pendant des mois. Vous vous amusez tous les deux, comme toujours. Même état d'esprit.
    Tu commences à réaliser pendant les jours suivants que tu es bon à autre chose qu'à la mécanique : tu peux rendre Bella heureuse. Pas comme elle l'était avant, mais plus qu'elle l'était ces derniers temps. Charlie et Billy s'appellent tous les jours, et tu es transporté de joie à l'idée de pouvoir l'aider. Tu la vois aller de mieux en mieux - souriant et rigolant de plus en plus, très excitée à propos de vos petites manigances - et tu te dis au fond de toi que tu ferais tout pour elle.

         Elle n'est pas redevenue comme avant pourtant, et tu lui passes tous ses caprices. Elle a l'air de renaître d'elle-même, et tu lui donnes la place de le faire, juste en restant à ses côtés et en la laissant diriger.

         Avec Bella, tout va bien, mais si ça n'était pas pour elle, la vie serait nulle. Embry a rejoint le culte de Sam, et tu es à la fois inquiet pour lui et en colère après lui. Il ne te reparlera plus. Toi et Quil essayez de vous imaginez qu'est-ce qui se passe, mais vous ne comprenez pas. Billy est tellement exaspéré à propos de tout ça, et il te regarde en riant tout le temps. Ça te rend anxieux. Tu en parles à Bella, et elle te remonte le moral parce qu'elle le prend au sérieux elle aussi. Elle t'enlace, et ton cœur explose presque.

         Bien sûr, tu es conscient que tu es en train de tomber amoureux d'elle. Tu sais aussi qu'elle n'est pas prête, et qu'elle ne pense pas à toi de cette façon. Tu sais qu'il faudra être patient pourtant, et tu croises les doigts pour qu'un jour elle te voit différemment. Tu es content d'être si grand, parce que tu ne parais pas avoir seize ans. Tu prends de la carrure sans pour autant avoir à faire de la muscu comme le fait Quil, et ça te rend heureux aussi. Elle dit que tu es pas mal...

         Elle t'invite à sortir avec sa bande d'amis, mais les plans tombent à l'eau, et il n'y a que toi, Bella et Mike Newton. Il est aisé de percevoir la tension dans l'air. Tu te détends quand tu les vois - elle n'apprécie pas plus que ça ce gars. Elle n'est pas à l'aise avec lui comme elle l'est avec toi. Elle lui parle à peine. Tu apprécies le film d'horreur plus que ceux que tu as déjà vus. Elle te préfère. C'est évident.
    Il tombe malade. Tu l'attends avec Bella, et tu te sens vraiment lourd. C'est bizarre - tu te sens supérieur, très en confiance. Tu planes, et tu te choques toi-même avec les choses que tu lui dis. Tout sort comme ça. Elle admet que tu es son préféré, bien qu'elle pleure encore la pourriture qui lui a brisé le cœur. Pendant une demi-seconde, tu es rempli de rage à l'idée que quelqu'un puisse la blesser autant. Tu voudrais le tuer. Tu es surpris par cette vague d'émotion, et tu te reprends rapidement.
    Tu ramènes Bella chez elle, et tu es plein d'espoir. Ça va marcher. Tu es le seul avec qui elle est heureuse. Elle a besoin de toi. Tu feras tout ce qui est en ton pouvoir pour la rendre heureuse. Tu lui promets. Tu te sens bien. Encore une fois...

         Tu rentres à la maison, et Billy te regarde d'une façon agaçante. Tu te sens énervé, comme si on te plantait des aiguilles partout sur la peau. La pièce semble trop chaude - Bella t'a dit que tu avais de la température. Tu confirmes.

         Billy dit que tu as l'air bizarre, dans un état critique, et une vague de rage te transporte. Cette fois-ci, tu ne peux pas l'arrêter. Tu te sens perdre le contrôle, une colère si puissante que tout ton corps en tremble. Une part de toi sait que cette réaction est stupide, mais l'autre part, plus importante, est habitée par la fureur. Tout est brûlant, comme si la pièce était en feu. Tu peux sentir la chaleur dans tes os.
    Et puis, horrifié et choqué, les tremblements sont de plus en plus incontrôlables et tu sens ton corps se détacher. Tu es terrifié. Ça prend seulement une seconde, mais c'est la plus longue seconde de ta vie. Tu te sens exploser, et tu as l'impression de mourir.

         Mais ton corps se rattrape avant cela - tu ne voles pas en éclats. Tu es dans une nouvelle forme que tu ne comprends pas. Ta tête cogne le plafond, et tu regardes Billy d'une certaine hauteur. Les tremblements ont stoppés, mais la colère est toujours là. Tout ce qu'il y a autour de toi est brûlant et rouge. Tu essayes de crier après Billy, pour qu'il t'explique, mais tout ce qui sort de ta bouche est un grognement monstrueux. Tu recules d'un pas, et la pièce tremble. Tes lèvres s'étirent sur tes dents et tu peux t’entendre grogner et tu veux secouer Billy et lui demander ce qu'il t'a fait. Tu tends le bras dans sa direction, et cette énorme patte avec des griffes bouge à la place de ta main. Tu te regardes, et un terrible hurlement sort à travers ta bouche.

         Billy te parle comme si tu étais un enfant, lentement et calmement, te disant d'être calme, que tout va bien. Mais il ne te dit pas ce qui s'est passé - qu'est-ce que tu es. Ça te met en colère à nouveau, ce qui n'a pas l'air de le surprendre. Est-ce qu'il s'y attendait? Pourquoi est-ce qu'il ne t'en avait pas averti?
    Billy s'approche du téléphone et appelle quelqu'un. Aussitôt que tu entends le nom de Sam, tu t'énerves. Sam était au courant de ça. Un horrible grognement empli la maison. Billy paraît effrayé, et tu es juste en face de lui, tes mâchoires à deux doigts de le mordre. Tu te fais violence pour reculer, et entends encore ce cri effrayant.

         C'est à ce moment que les voix commencent à parler dans ta tête. Mais il y a tellement plus que des voix. Derrière les mots, tu peux voir des images et ressentir des émotions. En quelques secondes, tu comprends. Tu vois le monde à travers des mots, la réponse à ta question. Loup-garou. Tu es un monstre.

         C'est Embry qui t'aide le plus. Tu reconnais sa voix même s'il n'y a pas de son. Tu vois à quel point il est soulagé de t'avoir avec lui maintenant. Sam le laisse t'expliquer, le laisse te parler hors de la maison (Billy te facilite la tâche en te gardant la porte ouverte - tes épaules peuvent à peine passer). Dans les bois derrière la maison, tu vois les autres pour la première fois. Ils sont énormes et terrifiants. Tu es horrifié d'être comme eux.

         C'est une longue nuit. Ils te montrent tout. Toutes les histoires et les légendes dont tu as entendu parler au long de ta vie sont des faits historiques. C'est comme atterrir dans le pays d'Oz, où tout devient coloré, excepté que ce nouveau monde n'est pas ce beau petit lieu rempli de munchkins. Tu es en train de vivre un film d'horreur. Tu es l'un des monstres. Ils te montrent pourquoi c'est arrivé, et c'est la pire partie. Parce que les vampires sont réels, eux aussi. Plus que ça, hors mis le fait qu'il existe des vampires assoiffés de sang, il y a ta meilleure amie, la fille que tu aimes, qui est amoureuse de l'un d'entre eux. Au début, tu ne veux pas croire qu'elle connaît la vérité, mais ils réussissent à te convaincre qu'elle en est pleinement consciente. Ça te rend malade maintenant, de te rappeler combien elle a pleuré pour lui.
    Tu es un monstre, toi aussi, mais pas un méchant. Tu es de ceux qui existent pour protéger ta famille contre les méchants. Et ce n'est pas facile. Particulièrement quand ils t'annoncent que ton statut de protecteur légendaire implique que tu ne peux plus fréquenter les gens normaux. Tu es trop dangereux pour ça maintenant. Dans six mois, dans un an, peut-être. Tu dois aller à l'école pour garder le secret, mais pas d'autres risques inutiles. À l'école, tu dois focaliser toute ton énergie pour rester calme. Oublier tes études. Ne tuer personne.

         Et Bella, c'est totalement hors de question. Quand tu protestes, tu vois les souvenirs de Sam. C'est comme si tu y étais. Tu le vois implorer Emily. Tu entends la réponse que Sam a envoyé dans un accès de folie irrationnelle - la furie qui est la marque de fabrique et le fléau de l'existence des loups. Tu le vois se mettre hors de lui, sa main toujours tendue vers elle. Tu regardes ses griffes lacérer son visage. Tu la vois tomber par terre, inconsciente. Tu ressens sa panique, sa terreur. C'est si fort qu'il ne peut pas revenir en arrière pour l'aider. Tu penses que tu es en train de regarder sa mort (même si tu sais qu'elle est toujours en vie, ça te frappe - tu te retires de la souffrance du souvenir). Tu vois Jared et Paul accourir pour aider, amenant Sue Clearwater (une aide-soignante - le meilleur choix possible quand l'un des employé de l'hôpital est un vampire). Sue s'occupe d'Emily tandis que Sam agonise dans la forêt, se cachant, encore incapable de revenir à lui-même...
    Et tu comprends qu'ils ont raison, tu ne peux pas voir Bella. Ta promesse sera inutile. Tu vas la blesser, comme les autres monstres.

         En regardant les souvenirs de Sam continuer à défiler, tu vois comment revenir à toi-même. Tu te calmes comme il l'a fait, et tu reviens à ta forme normale. Nu et malade, tu t'enfonces dans le noir et tu pleures comme tu n'as jamais pleuré de ta vie.
    Les autres sont surpris. Ça te prend des jours, voire des semaines pour que tu comprennes vraiment comment redevenir humain.

         Ta nouvelle vie commence sur des accès de tension. Non seulement les vampires sont réels, mais en plus ils sont ici. Des nouveaux, pas les Cullen. Ils chassent dans le territoire, et c'est ton job de les arrêter. Tu peux le faire. Toute ta haine envers ce qu'Edward et le reste des Cullen ont fait à Bella est canalisée dans ta chasse après ces deux-là, le mâle aux cheveux noirs et la femelle aux cheveux oranges.

         Tu attrapes le mâle en un rien de temps. Tu flaires le vampire, en prenant soin de l'éviter. Jared fait le guet, car ses yeux sont comme des télescopes - il peut voir à des kilomètres. Le vampire s'arrête dans une petite clairière, et Jared le voit parler à Bella. Tu te précipites vers eux, mais Sam hésite. Tu as dépassé les frontières du traité. Est-il un des amis des Cullen? Il a violé le traité avec ses meurtres, mais tu ne peux pas le prouver - tu n'en as pas été témoin. Sam ne veut pas commencer une guerre sans être sûr des conséquences. Tu penses qu'il devient trop précautionneux. Vous vous disputez, et quand il est clair que Laurent veut faire du mal à Bella, Sam est aussitôt à tes côtés.

         Tuer Laurent est plus simple que tu ne t’y serais attendu. C'était peut-être dû au fait que vous étiez cinq contre un ? Tu sais que ce n'est pas le cas. Toi et Sam avez fait le plus gros du boulot, et tu penses que tu aurais pu le faire tout seul. Peut-être que les vampires ne sont pas aussi solides que les histoires le laissent penser.

         L'image du visage terrifié de Bella dans la clairière est toujours ancrée en toi. Elle était horrifiée - plus horrifiée par ta nouvelle image que par le vampire aux yeux rouge sang. Tu te demandes constamment comment elle s'explique ce qu'elle a vu.
    La chasse continue, et la femelle aux cheveux orange vous donne plus de fil à retordre. La meute ne comprend pas ses motivations, il est donc difficile de deviner ses actes. Et elle est vraiment très forte pour s'éclipser.

         Avoir un vampire dans les pattes te rend nerveux. Ils ont tous l'air d'en avoir après Bella à la fin. Tu tournes autour de sa maison la nuit, pour t'assurer qu'elle est en sécurité.

         La vie quotidienne devient une corvée. Mais les autres sont impressionnés par ton contrôle, et durant ces nombreuses semaines à traquer la vampire aux cheveux orange, ils sont de plus en plus stupéfaits. Tu es meilleur pour contrôler tes "épisodes" (comme tu les appelles) que les autres. Ça a pris un an et demi à Sam pour arriver au point où tu en es au bout de deux semaines. Tu es même meilleur pour ça qu'Embry, Jared et Paul. Mais ça ne te rend pas plus heureux pour autant. Pourquoi quelqu'un voudrait-il être meilleur en tant que loup-garou qu'un autre ?

         Pourtant, tu commences à penser que tu pourrais aller voir Bella. Tu es certain, maintenant que tu sais à quoi t'attendre, que tu peux te contrôler en sa présence. Et elle appelle tout le temps. Les monstres dans la forêt l'ont sans aucun doute traumatisée. Elle a besoin de toi. Ça occupe tes pensées la plupart du temps. Sam te met en garde - personne mieux que lui ne peux savoir ce qu'on ressent lorsqu'on a fait une erreur.

         Tu ne peux même pas lui parler par téléphone. Tous les loups et les anciens sont perturbés par tes souvenirs - ils ont été si prudents par rapport au traité, et tu l'as brisé, bien qu'inconsciemment. Au moins les vampires qui avaient signé le traité étaient partis, donc ça ne provoquerait pas de guerre. Et Bella ne semblait pas croire plus que ça à cette histoire... Mais Sam te donne un ordre : tu n'es pas autorisé à dire la vérité à Bella. Il te l'a dit sous sa forme de loup, et tu peux percevoir tout l'autorité que ça implique à travers ses pensées. C'est le chef de meute, et tu ne peux pas lui désobéir.

         Bella est persistante pourtant, et tu n'es pas surpris de la voir camper devant la maison. Tu convaincs les autres que tu peux soutenir une conversation, de toute façon elle doit bien avoir lieu. Sam accepte - il est incapable d'être trop dictatorial dans son rôle de chef de meute, surtout avec toi (mais c'est une autre histoire). Il te conseille de rester calme, et il insiste sur le fait que tu dois lui dire ce qui est nécessaire pour la garder éloignée. Il pense à Emily, et comment peux-tu lui en vouloir ?

         C'est plus difficile que tu le pensais. Tu regardes le visage de Bella alors que tu reviens sur tes mots, et c'est comme si quelqu'un te plantait une lame dans le ventre. Tu es tout aussi minable que ce vampire qui l'a brisée. Tu as l'impression de prendre toute ton espérance et toute ta joie, et les siennes aussi, et de les écraser dans ta main. Pendant un moment, la colère est tangible - tu commences à avoir chaud, mais tu le contrôle. Tu es à deux doigts de perdre le contrôle quand elle se met sur la défensive à propos des vampires. Comment peut-elle penser qu'ils sont si bons, en particulier maintenant, après tout ce qu'ils lui avaient fait ? Comme si être un vampire n'était pas déjà assez.

         Et puis elle rejette la faute sur elle - elle pense qu'elle a fait quelque chose de mal, et que c'est pour ça que tu es comme ça. Elle te supplie presque de la pardonner. Tu te détestes terriblement de lui faire ça. Tu t'enfuis, mutant aussitôt que tu es hors de vue afin de ne pas pleurer comme tu l'as fait la dernière fois.
    C'est une longue après-midi. Tu en as ras-le-bol qu'Embry essaie de te réconforter, ras-le-bol que Sam approuve sans arrêt ce que tu as fait. Tu te demandes si tu n'as pas blessé Bella aujourd'hui de la même façon qu'il avait blessé Emily. Tu retournes à ta forme humaine pour t'éloigner d'eux, et tu rumines toute la nuit. Tu quittes la maison pour t'éloigner de Billy, qui est aussi énervant que les autres.

         Tu réalises cependant que bien que Sam t'aies interdit d'expliquer la vérité à Bella, il ne t'a pas pour autant interdit de la voir. Tu sais que ça va être difficile, mais tu ne peux pas rester là en la laissant penser que tu ne veux plus être son ami. Tu dois t'excuser, trouver une solution.

         Tu prends ta moto et la cache dans une autre rue. Tu rentres furtivement dans sa chambre, et tu es surpris par sa colère. De plus, elle est dans un état épouvantable - presque aussi épouvantable que le jour où elle a débarqué chez toi. Ses yeux sont rouges et ses joues sont humides. Tu te détestes encore plus, en voyant ça. Tu essayes de lui expliquer, mais les ordres de Sam te retiennent.

         Tu essaies au moins de lui faire clairement comprendre à quel point elle est importante à tes yeux et que cette séparation n'est pas ton choix. Alors que tu lui parles, tu penses d'abord que tu as eu tort de venir. Tu n'arranges rien. Ça ne peut pas s'arranger, du moment qu'elle ne comprend pas. Si seulement elle pouvait croire à toutes les histoires que tu lui avais racontées le premier jour...

         Tu réalises ensuite qu'elle sait déjà ce que tu veux qu'elle sache. Tu essaies de la faire se rappeler, mais elle est à moitié endormie et dans les vapes. Tu as un peu plus d'espoir, mais tu es aussi plus tendu. Va-t-elle s'en souvenir ? Va-t-elle y penser ? Si elle le fait, que va-t-elle penser ? Va-t-elle être effrayée et dégoûtée ? La perspective qu'elle puisse réagir comme ça te rend triste. Elle est capable d'accepter un vampire... Ça te débecte.

         Tu sais qu'aussitôt que tu auras muté, Sam et les autres seront au courant de cette escapade. Tu espères que tu pourras le cacher jusqu'à ce que Bella comprenne. Tu conduis ta moto jusque chez toi, et tu te promets que tu vas rester calme, peu importe la raison.
    Quand tu te réveilles le matin, Billy te signale que Bella est passée, et qu'elle t'attend sur la plage. Tu es surexcité et stressé. Peut-être qu'elle a déjà compris. Elle n'a pas simplement appelé. A-t-elle déjà accepté ce que tu es ?

         Donc tu te rends sur la plage et tu vois son visage. Elle est effrayée et chamboulée. Tu peux voir dans son expression qu'elle n'accepte pas ta nouvelle vie. Ça te met hors de toi. Tu dois focaliser ton énergie pour rester humain. Tu l'accuses de son hypocrisie, et puis tu ressens un soulagement accablant lorsque les malentendus sont éclaircis. C'est toujours énervant de voir à quel point elle est protectrice envers ses vampires, mais au moins elle accepte aussi ta situation. Encore une fois, tu es plein d'espoir. Peut-être que vous pourrez passer outre ce bazar et vous voir encore.

         C'est un immense soulagement de pouvoir parler ouvertement avec elle. Tu es surpris d'apprendre qu'elle en sait plus à propos des vampires qui rôdent autour de Forks que la meute, et horrifié de savoir que la femelle aux cheveux oranges en a toujours voulu après Bella. Tu appréhendes d'en parler aux autres ; tu veux mettre un plan en place pour protéger Bella. Tu te sens très furieux, sachant que quelqu'un veut la blesser. Pour la première fois, tu es content d'être un loup-garou. C'est horrible, mais, en même temps, tu peux protéger Bella. Finalement, c'est quand même utile.

         Tu réunis la meute. Alors que tu es confiant maintenant que tu peux te contrôler en présence de Bella, tu as oublié d'en faire un compte rendu aux autres. Paul réagit plus violemment que tu t'y étais attendu. Tu es obligé de muter devant Bella pour la protéger, mais tu ne peux pas voir sa réaction. Tu dois éloigner Paul d'elle. Heureusement pour toi, tu es plus imposant et fort de jour en jour. Ce n'est pas difficile de pousser Paul dans les bois. Sam te rejoint rapidement, et ordonne à Paul de se calmer. Tu leur parles de la vampire aux cheveux orange et de Bella - ça ne prend pas longtemps, en communiquant à travers les pensées comme vous le faites. Bien que Sam doive reconnaître l'importance et la nécessité de ces informations, il t'enguirlande un moment. Il met le doigt sur la façon dont tu as mis Bella en danger ce jour-ci, et ensuite, il enguirlande Paul pour être ce danger. Finalement, il te rappelle qu'il comprend, et vous vous réconciliez tous les trois. Tu réalises que vous vous entendez mieux qu'avant. Tu trouves plus agréable de faire partie de la situation, maintenant que tu peux aider Bella.

         C'est étrange comme les choses redeviennent normales, bien qu'en même temps tout soit différent et dangereux. Bella est la seule chose qui te permet d'équilibrer la situation. Tu passes quelques heures à dormir la nuit, mais la plupart du temps tu parcours les bois avec Sam ou Embry, à la recherche d'un indice montrant le retour de la femelle aux cheveux orange. Quand ce n'est pas ton tour, tu passes autant de temps que possible avec Bella. Votre amitié a atteint un nouveau niveau d'intimité. Tu connais tous les autres secrets, et ça fait une plus grande différence que tu ne l'avais imaginé. Tu es stupéfait de voir à quel point elle est incapable de partager, à quel point elle est seule depuis qu'elle a eu le cœur brisé. Ça te perturbe encore de voir qu'elle pleure toujours les Cullen. Tu n'arrives pas à voir la différence entre les Cullen et les vampires qui lui tournent autour, mais elle, elle y arrive. C'est évident qu'elle est terrifiée par ce vampire. Tu essaies de la rassurer. Et tu es content qu'elle n'ait plus à rester seule maintenant.
    Tu t'inquiètes pour Bella quand elle est seule lorsque tu patrouilles. Tu n’es pas heureux quand tes plans amusants pour l'aider - se détacher de l'anxiété constante -, sont interrompus par Victoria. Elle fait une tentative peu enthousiaste pour traverser votre territoire. Ça te semble suspect, et lorsqu'elle prend la fuite par la mer, tu t'inquiètes de savoir si elle a un nouveau plan. Toi, Jared et Embry reprenez votre forme humaine le long de la côté, cherchant un signe montrant qu'elle a essayé de revenir sur la côté. Vous retournez à La Push sans réussir à flairer son odeur. Embry continue de chercher avec Jared, mais tu veux prendre des nouvelles de Bella. Juste pour être sûr que la femelle aux cheveux orange ne vous a pas échappé.

         Bella n'est pas sur la plage, ni la femelle aux cheveux orange, ni personne d'autre. Tu retournes au milieu des arbres, mais la tempête est si forte que personne ne peut te voir. Sa camionnette n'est plus devant la maison. Tu penses d'abord qu'elle est rentrée chez elle, mais des marques fraîches se dirigent dans l'autre direction. Ce n'est qu'au moment où tu trouves la camionnette abandonnée au bord de la route près des falaises que tu te rappelles la promesse que tu lui as faite quelques jours auparavant. Sauter des falaises. Au même moment, tu entends au loin le cri de Bella, diminuant au fur et à mesure qu'elle tombait.

         Tu te précipites jusqu'au bord en quelques secondes. Tu n'arrives pas à distinguer quoi que ce soit au-dessous - les vagues sont violentes, il n'y a aucune trace d'un impact récent. Tu t'élances au-delà du bord, et tu plonges tête la première dans les eaux profondes.

         Il y a beaucoup de courant. Tu sais quelle force tu déploies pour réussir à nager à travers, et tu sais que Bella n'est pas aussi forte. Aucun humain n'est assez fort pour lutter contre ce courant.
    Tu cherches frénétiquement, tes yeux perçants ratissent l'eau. Finalement, tu vois quelque chose d'un blanc éclatant - ses mains luttant inutilement contre les vagues. Tu es submergé, essoufflé, et incroyablement paniqué. Personne d'autre n'aurait été capable de le faire dans les mêmes circonstances, même pas Sam, mais tu te concentres et te forces à retrouver ta forme humaine. Alors tu t'accroches à Bella et la remonte à la surface.

         Tu souhaites lui apporter les premiers soins. Tout ce à quoi tu penses est de lui enlever l'eau des poumons. Il y en a tellement. Elle reprend conscience, puis s'évanouit. Tu ne sais pas quoi faire. Tu la ramènes sur la plage, espérant qu'il y a de l'aide qui attend. Les pensées de Jared et d'Embry étaient avec toi pendant que tu plongeais, mais maintenant tu es coupé d'eux.

         Sam arrive, mais Bella se réveille avant qu'il ait pu t'annoncer la nouvelle de la tragédie qui a eu lieu au village. Tu es désolé de l'avoir enlevé de là où on avait besoin de lui. Bella semble aller bien. Tu ne sais pas si elle a besoin d'un docteur, mais elle veut seulement rester, alors tu la ramènes chez toi. Tu es exténué par toutes ces nuits à courir, et tu tombes de sommeil à ses côtés. Tu te sens bien là, tous les deux sans secrets, en sachant qu'elle est en sécurité.

         Billy te réveille quand il rentre à la maison. Il est chamboulé de réaliser que Harry est parti. C'était un des meilleurs amis de Billy, un oncle en quelques sortes, et aussi un des trois anciens au courant pour les loups. Ça semble injuste qu'il soit mort.

         Tu ramènes Bella chez elle, sachant que Charlie sera affligé lui aussi. De plus, tu remarques qu'il y a quelque chose de différent avec elle, mais tu n'arrives pas à mettre le doigt dessus. Perdre Harry te fait prendre conscience que tu as bien failli la perdre aussi - c'en était si proche. Ces pensées te terrifient. En même temps, tu es tout de suite content de l'avoir sauvée. Elle est vivante parce que tu es un loup-garou. Tu deviens plus conciliant pour ton destin.

         Comme vous allez bientôt arriver, tu la prends dans tes bras, soulagé de pouvoir le faire. Pour la première fois depuis la première nuit où tu as muté - la nuit du film d'horreur - tu penses que ça peut marcher. C'est tellement agréable de la porter comme ça. Est-ce qu'elle ressent la même chose ? Peut-être que ce n'est pas aussi fort que ce qu'elle ressent pour le vampire, mais ça doit bien vouloir dire quelque chose qu'aucun de vous ne soit entier sans l'autre. C'est comme si tu étais là pour être avec elle.
    Elle commence à se débattre. Elle n'est pas encore prête pour le moment, mais tu penses qu'elle le sera bientôt. Il faut juste être patient. Tu ouvres la portière de la voiture, et cet instant tranquille est brisé.
    Il y a un vampire à proximité. Tu penses d'abord à la femelle aux cheveux orange, et tu devines qu'elle s'est servie de la distraction causée par la mort de Harry pour s'infiltrer à l'intérieur. Tu ne sais pas exactement où elle est ou si elle vous regarde. Tu as peur de te changer pour la chasser, au cas où elle se servirait du moment où tu muteras pour attaquer. Tu décides que le meilleur plan est de ramener Bella à La Push, de laisser Embry avec elle, et d'aller la traquer avec Sam.

         Cependant, quelque chose ne va pas. L'odeur n'est pas la bonne. Un vampire, certes, mais pas le même dont l'odeur t'a brûlé le nez la semaine dernière.

         Avant que tu n'aies pu donner un sens à cela, Bella te demande de t'arrêter. Son visage est nettement plus éclairé et coloré que d'habitude, depuis qu'elle est venue te chercher, totalement détruite. Elle pense que les Cullen sont revenus, et la voiture rutilante près de la maison confirme sa théorie. Son enthousiasme t'écœure. Tout ce qu'elle veut c'est aller retrouver son vampire, comme si elle n'avait pas été touchée par ce qu'il lui avait fait. Tu es furieux. Tu as du mal à te calmer.

         Il est clair que tu vas devoir utiliser la force si tu veux l'empêcher de rentrer. Elle a l'air certaine que ce sont ses vampires. Elle est déjà partie - pour toi, elle est à des kilomètres. Et tu as des responsabilités. La meute avait totalement ignoré les limites du traité depuis que les Cullen étaient partis. Tu ne peux pas laisser tes frères avoir des problèmes, ignorant que les Cullen étaient de retour.

         Tu détestes avoir à la laisser partir ici, et tu es tellement en colère que ce soit ce qu'elle veuille. Le futur qui semblait si prometteur quelques secondes auparavant est réduit à néant. S'en fichait-elle qu'ils l'aient quittée ? Ça ne comptait donc pas ? Pas une fois elle n'avait exprimé de colère envers ce qu'ils lui avaient fait. Tu supposes qu'elle n'a même jamais été en colère contre eux. Elle accepte ce qu'ils avaient fait sans poser de question.

         Il faut que tu t'en ailles, parce que tu ne vas pas être capable de te contrôler plus longtemps. Tu peux sentir la fureur monter. Tu la laisses toute seule dans la rue, souhaitant plus que tout qu'elle va t'appeler, qu'elle va changer d'avis. Elle ne le fait pas.

         Tu cours à l'hôpital, et finalement reviens sur tes pas. La colère a légèrement baissé, et tu te rends malade pour sa sécurité. Tu appelles, et elle répond. C'est donc vrai. Les Cullen sont de retour, et elle a choisi les vampires à ta place.

         C'est une mauvaise nuit pour les loups Quileute. Sam a remis les limites en place, si bien que vous ne pouvez plus protéger que la réserve. Sam ne veut laisser aucune chance au vampire de passer - il peut y avoir une demi-douzaine de vampires de l'autre côté, et leurs intentions ne sont pas claires. Tu t'inquiètes pour Bella et la femelle aux cheveux orange, mais Sam te dit de laisser les Cullen s'occuper d'eux. Tu détestes l'idée que Bella leur appartienne.

         Les jours passent. Personne n'a essayer de franchir la frontière. Billy appelle Charlie, et il s'avère qu'un seul des Cullen est revenu, et elle va rester avec eux. Ça te rend fou. Sam est inquiet - quelle est la nouvelle politique? Les frontières sont-elles maintenues? Pour combien de temps? Le reste d'entre eux va-t-il revenir? Sont-ils au courant pour la femelle aux cheveux orange? Considèrent-ils qu'elle soit sous la protection du traité? Dans ce cas, le traité est violé. Et s'ils ne s'occupent pas d'elle, la meute se verra obligée de le faire elle-même. Sam, Billy et le vieux Quil discutent des possibilités d’une guerre...
    Mais Sam veut d'abord avoir des informations - essayer de rester pacifiste autant que possible - et tu es volontaire pour ce job. Tu insistes pour y aller en personne. Tu as besoin de voir son visage, de voir combien elle est impliquée là-dedans. Tu dis à Sam que tu pourras mieux connaître la vérité si tu y vas en personne, que tu seras capable de voir si elle ment ou pas. Tu ne le trompes pas sur tes motivations, mais il te laisse y aller quand même.

         Tu y vas pendant les funérailles, afin de pouvoir lui parler honnêtement, sans que Charlie ne vous interrompe. Jared et Embry ne veulent pas te laisser y aller tout seul, même si tu es certain que le vampire est parti pour le moment. Tu sais qu'ils vont rester à proximité, mais tu ne veux pas qu'ils entendent. Tu veux pouvoir parler vraiment à Bella, mais c'est sans compter sur ta capacité à rester calme. Sa maison sentait mauvais - ça te brûlait le nez. Elle est imprégnée de l'odeur de la vampire. Vous êtes tous les deux quelque peu hostiles, mais elle répond à tes questions. La Cullen est juste de visite. Tu te dis que les choses vont redevenir normales une fois qu'elle sera repartie.

         Tu n'arrives pas à partir. Tu peux voir que tu l’as blessée, et tu reviens pour la trouver en train de pleurer. Tu te sens à la fois pire, et mieux. Mieux parce qu'au moins elle ne s'en fiche pas de toi. Elle pleure pour toi. C'est quelque chose.

         Tu es capable de parler maintenant, mais c'est difficile. Elle les aime. Les monstres qui l'ont blessée - elle les aime. Elle s'intéresse à toi aussi, mais pas autant. Cependant, la vampire est repartie... Tu es confus, pas certain de savoir comment te sentir.

         Tu la prends dans tes bras, et c'est comme avant, comme ça doit être. Tu prends son visage dans tes mains, et soudain, tu as envie de l'embrasser plus que tout au monde. Ce n'est pas comme tu l'avais prévu, mauvais moment avec la vampire qui tournait quelque part autour. Mais tu penses que c'est peut-être comme ça que ça doit se passer. Peut-être qu'elle va le sentir. Tu vois le conflit dans ses yeux, et tu te demandes quelle part d'elle va gagner quand tes lèvres toucheront les siennes.
    La sonnerie du téléphone retentit à ce moment, et tu réponds. Quel autre choix avais-tu ? Ça pouvait être Sam, il pouvait y avoir des ennuis là-bas. Tu entends le ton clair de la voix, avec ce léger accent anglais, et tu sais qui c'est au premier mot. Encore l'un d'entre eux. Peut-être que Bella avait tort à propos du retour des autres. Peut-être qu'elle mentait.

         Bella est à nouveau en colère lorsque la vampire revient. Avant de pouvoir éclaircir les choses, tu sens la brûlure causée par l'approche d'un vampire. Tu entends le bruit sourd du retour presque silencieux de la vampire. Tu essayes de t'en aller, mais l'odeur est plus forte dans le hall. Avant que tu aies pu sortir, la sangsue est là.

         C'est juste une chose mince, mais d'après ce que Bella t'a dit à propos des vampires avec des dons, tu n'es pas près de relâcher ta garde. Elle te prête à peine attention, cependant. Elle semble à peine consciente par ceux qui l'entourent, distraite par quelque chose. Bella appelle Alice. Alice prononce le prénom d'Edward une fois, et Bella s'écroule. La vampire l'avait-elle blessée ? Tu ne vois rien. Mais tu t'empresses d'attraper Bella avant que la vampire ne la touche, et tu l'éloignes.

         La petite vampire semble très inquiète, et ça te surprend. Tu n'avais pas réalisé qu'ils pouvaient aussi avoir des sentiments et des émotions. Tu es révolté et stupéfait de voir combien Bella et Alice sont à l'aise quand elles se touchent. Tu aurais pu penser que les vampires ne pouvaient pas toucher les humains de telle sorte sans les blesser. Et Bella est tellement à l'aise avec Alice, capable d'interagir avec elle comme si Alice était humaine. Bella semblait la voir comme ça, comme une personne, presque.
    La conversation est dure à suivre. Tu crois comprendre qu'Edward Cullen a des problèmes et c'est la faute de quelqu'un du nom de Rosalie. Bella gémit et appelle à l'aide, et la petite vampire est sur le point de la laisser faire, bien qu'il soit clair que c'était une question de suicide.

         Tu suis Bella dans la cuisine, où elle écrit un petit mot à Charlie. Tu lui demandes de ne pas y aller. C'est comme si tu n'avais rien dit du tout. Elle te demande de t'occuper de son père.

         Bella court prendre des affaires, et tu te retrouves seul avec Alice. Tu te mets le plus loin possible d'elle - l'instinct qui te pousse à muter et à attaquer est dur à contrôler - et tu l'accuses de conduire Bella à sa mort. En fait, c'est plus facile de lui parler que tu l'aurais pensé, elle réagit et parle comme un humain ; bien que son apparence se rapproche affreusement de celle d'un monstre. Pour tes yeux perçants, elle est comme une pierre en cristal, anguleuse et brillante.

         Alice s'énerve juste un moment, mais Bella revient, et elles partent. Pourras-tu jamais la revoir ? Tu la supplies littéralement de ne pas y aller, mais Bella s'en va après t'avoir embrassé la main. Tu a à peine le temps de cligner des yeux qu'elle a déjà foncé vers la mort, pour cette sangsue qui a ruiné sa vie. Pour la première fois depuis le début, tu perds le contrôle et tu mute contre ton gré.
    La vie est plus sombre qu'elle ne l'a été auparavant. Les autres sont soulagés qu'Alice soit partie, qu'elle ait emmené Bella avec elle ou pas. Ils essayent de garder leurs sentiments pour eux, mais bien sûr, il n'y a aucun secret dans une meute de loups. Sam te fait patrouiller encore plus, et tu prends un soin tout particulier à veiller sur Charlie, comme Bella te l'a demandé.

         C'est comme ça que tu découvres que la femelle aux cheveux orange traque encore Bella. La meute l'encercle, rétrécissant lentement le périmètre, la laissant se rapprocher de Forks tout en plaçant un mur entre elle et Charlie... Cependant, elle fait demi-tour et détale. Tu la poursuis, mais elle est rusée et plus rapide que le vampire aux cheveux noirs. Sa fuite inattendue te fait relâcher ta garde, tu n'avais pas donné signe de ta proximité. Faisant quelques recherches sur les faits, Sam réussit à voir ce qui s'est passé. Sa trajectoire avait rencontré la trace récente qu'avait laissée Alice Cullen. Ça semble avoir été suffisant pour qu'elle panique. Au moins, il est clair que ce n'est pas une amie des Cullen.

         Charlie est paniqué, naturellement. Il débarque à La Push pour t'interroger, pour voir si tu sais quoi que ce soit qui pourrait l'aider à retrouver Bella. Tu aimerais pouvoir tout lui dire à propos des Cullen, mais tu ne peux pas livrer ton propre secret, et quel bien cela lui ferait-il ? Aucun d'entre vous ne peut sauver Bella.

         Certaines rumeurs provenant de Forks disent que Bella est revenue vivante. Charlie n'appelle pas Billy pour autant - il a l'air trop furieux apparemment - alors tu l'apprends par Leah Clearwater. Charlie a appelé pour annuler la visite à sa mère : il ne voulait pas laisser Bella toute seule, parce qu'elle avait de gros ennuis. Tu es si soulagé qu'elle aille bien, tu ne te soucies de rien d'autre au début. Mais il ne faut pas longtemps avant que les autres ne débarquent. Le Dr. Cullen est revenu à l'hôpital, la famille entière est revenue à Forks. Sam remet les patrouilles en place, mais pas aussi loin qu'avant. Les vampires n'étaient pas au courant de la présence des loups-garous avant, mais à présent ils le sont. S'ils sont revenus pour de bon, alors la meute doit renforcer les frontières. Pour être sûrs qu'ils ne se méprisent pas sur ce qui appartenait aux Quileutes.

         Billy a des nouvelles de tout ça, grâce à Charlie. Edward est revenu, apparemment à nouveau tenant le titre de petit ami de Bella, sans aucune répercussion pour son abandon. Bella ne vient pas te voir, et tu es en colère, bien que tu ne t'attendais pas à ce qu'elle le fasse. Tu es aussi en colère parce que Charlie laisse Bella sortir avec Edward. Ne pourrait-il pas, en tant que père, être capable de faire quelque chose à ce propos ?

         Tu y vas avec un plan, et tu ne penses pas que c'est terminé. Si tu parviens à lui faire entendre raison, elle ne devrait plus vouloir le voir... Peut-être que si elle était loin de lui, elle serait capable de se rendre compte de son emprise sur elle, se rappeler ce qu'il est et ce qu'il a fait.
    De plus, tu as un nouveau souci maintenant. Depuis qu'Alice est revenue, ta plus grande frayeur est que l'un des vampires perde le contrôle en présence de Bella et la tue, trop assoiffé. Ça te vient à l'esprit maintenant, qu'il y a peut-être quelque chose de pire. Peut-être qu'ils ont des intentions pire que de vouloir se désaltérer. Tu ne veux même pas y penser, mais tu n'arrives pas à t'enlever ça de la tête.
    Peut-être qu’ils vont essayer de la faire devenir l'une des leurs.
    C'est la plus horrible chose que tu puisses imaginer. Pire que de la tuer ; la voler à elle-même et la faire devenir une créature inhumaine et comme la pierre, une parodie de ce qu'elle a déjà été une fois. Ça serait comme de laisser un étranger entrer dans son corps, juste une version détournée et froide de son corps.

         Tu sais que la seule chose qui pourrait mettre Charlie en colère plus que tout (à part la vérité, que tu ne peux pas lui dire) est la moto de Bella. Tu la conduis jusqu'à sa maison et dit à Charlie que tu la ramènes, puisque Bella ne vient plus à La Push. Charlie vire au rouge et te crie dessus pendant un quart d'heure et te promets d'appeler Billy pour lui raconter de quoi il retourne. Quand il te laisse partir, tu préfères te retirer dans les bois plutôt que de rentrer, sachant que la sangsue saura que tu es là, à cause de ton odeur. Tu as un avertissement à lui délivrer.

         Comme prévu, Edward Cullen vient avec Bella pour te voir avant qu'elle n'affronte Charlie. C'est très dur de te contrôler, mais tu ne vas pas te battre ici, devant Bella. Elle pourrait être blessée, et tu ne serais pas le seul à violer le traité cette fois-ci. Que les Cullen aient le mauvais rôle pour une fois.
    Bella est furieuse. Tu étais préparé à ça, mais c'est dur de la blesser comme ça.

         Le vampire te prend par surprise, en te remerciant pour tout ce que tu as fait pour Bella. Tu refuses de croire qu'il est véritablement sincère. C'est juste par politesse. Tu découvres que ses capacités à lire dans les pensées sont pires que ce que tu croyais. Il voit tout ce que tu penses.

         Bien qu'il sache l'avertissement que tu étais venu lui donner, tu réponds à la question de Bella à propos du traité. Non seulement ils ne sont pas autorisés à se nourrir des humains s'ils veulent préserver la paix avec les loups-garous, mais ils ne sont pas non plus autorisés à créer de nouveaux vampires.
    La réaction de Bella t'en apprend tellement plus que ce que tu voulais savoir. Jusqu'ici, tu pensais seulement que les Cullen voulaient la transformer. Tu ne t'étais pas attendu à ce qu'elle en soit consciente. Maintenant tu apprends qu'elle l'a même planifié elle-même ; c'est ce qu'elle veut.

         Tu dois lutter plus que jamais pour rester calme et ne pas muter. Le reste de la conversation ne veut plus rien dire. Bella veut être un vampire. Elle ne réalise pas que ce changement est une forme de mort ; pire que toutes les autres.

         S'il la transforme, la guerre sera ouverte. Tu rentres pour l'annoncer à tes frères. Vous devez vous préparer...<o:p></o:p>

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                                                                                     FIN


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  •          Bourse Scolaire <o:p></o:p>

    Scène 1 : le jour suivant le soir où Bella est allé voir le film sur les zombies avec Jessica :

         Phoenix me manquait toujours, en de rares occasions, quand quelque chose m'embêtait. Maintenant, par exemple, alors que je me dirigeais vers la Banque Fédérale de Forks pour y déposer mon salaire. Que n’aurais-je pas donné pour utiliser un distributeur de billets pour les voitures. Ou pour au moins avoir un inconnu derrière son bureau.
         - Bonjour, Bella
    , me salua la mère de Jessica.
         - Bonjour, Madame Stanley.

         - C'est bien que tu soies sortie avec Jessica hier soir. Ca faisait bien longtemps.
         Elle me faisait la conversation, souriant pour paraître plus amicale. Quelque chose dans mon expression devait être mort, parce que tout d'un coup le sourire se figea, et elle se tordait nerveusement les mains, alors qu’une minute plus tôt elles étaient croisées; ses cheveux étaient aussi bouclés que ceux de Jessica et arrangés en de vaporeuses boucles souples.
         Je lui souris aussi, réalisant que je le faisais quelques secondes trop tard. Mes reflexes étaient rouillés.
        
    - Oui, dis-je d'une voix que j’espérais sociable. J'ai été très occupée, vous savez. Le lycée, ... le travail...
    Je faisais un effort pour trouver quelque chose à rajouter dans ma courte liste, mais j'eu un blanc.
         - Bien sûr, elle souriait plus chaleureusement, certainement ravie que ma réponse semble tout à fait normale et bien équilibrée.
         Soudain il m'apparut que je ne pourrai pas sourire quand je connaîtrais ce qui se cachait derrière son sourire. Qui sait ce que Jessica était allée lui raconter pour hier soir. Quoi que cela puisse être, ce ne serait absolument pas fondé. J'étais la fille de l'ex épouse excentrique de Charlie - la folie devait être héréditaire. Ancien membre du groupe de monstres de la ville; je laissai tomber cette idée rapidement en tressaillant. Récente victime d'un coma éveillé. J'estimai qu'il y avait assez de bonnes raisons pour justifier ma folie, sans parler des voix que j'entendais maintenant, et je me demandais si Mme Stanley était réellement en train de penser ça.
         Elle dû voir ma réflexion dans mes yeux. Elle détourna rapidement les yeux, vers la fenêtre derrière moi.
       
    - Le travail répétai-je, attirant son attention en posant mon chèque sur le comptoir. C'est la raison pour laquelle je suis là, bien sûr.

         Elle sourit à nouveau. Son rouge à lèvres se fendillait à mesure que la journée avançait, et il était clair qu'elle s'était redessiné des lèvres plus pleines qu'elles ne l'étaient à l'origine.
        
    - Comment vont les choses chez les Newton? me demanda-t-elle brièvement.
        
    - Bien, la saison s'annonce bonne,
    répondis-je automatiquement, en pensant qu'elle passait près du  parking de la Quincaillerie d'Olympique plusieurs fois par jour et qu'elle avait dû voir des voitures peu familières. Elle devait connaître les fluctuations du commerce de la randonnée mieux que moi.
         Elle acquiesça d'un air absent alors qu'elle pianotait sur le clavier de l'ordinateur en face d'elle. Mes yeux déambulèrent sur le comptoir marron foncé avec ses lignes d'un orange chatoyant, très années soixante-dix, qui décoraient les bords. Un gris plus neutre s'étendait sur les murs et la moquette, le comptoir restait l'élément de décor original du bâtiment.
        
    - Humm.
    Le murmure de Mme Stanley était beaucoup plus aigu que d'ordinaire. Je jetai un coup d'œil, seulement à moitié intéressée, et espérai que c'était une araignée sur le bureau, qui l'avait effrayée.
    Ses yeux étaient rivés sur l'écran de l'ordinateur. Maintenant, ses doigts étaient inactifs, elle était surprise et mal à l'aise. J'attendais, mais elle ne dit rien d'autre.
        
    - Il y a un problème?
    Les Newton m’avaient-ils fait un chèque sans provision?
        
    - Non, non
    bredouilla-t-elle rapidement, me regardant avec une étrange lueur dans les yeux. Elle semblait réprimer une quelconque excitation. Elle me rappelait Jessica, quand elle avait un nouveau potin qu'elle ne pouvait pas s'empêcher de partager.
        
    - Est-ce que tu veux que je t'imprime ton solde?
    me demanda Mme Stanley avec impatience. Ce n'était pas dans mes habitudes - mon pécule croissait si lentement et si invariablement qu'il n'était pas difficile de faire le calcul de tête. Mais son changement de ton m'intrigua. Qu'y avait-il sur l'écran qui la fascinait?
        
    - Oui,
    approuvai-je.
         Elle appuya sur une touche et un petit document sortit rapidement de l'imprimante.
        
    - Et voilà. Elle tira le papier avec tellement de précipitation qu'elle le déchira en deux. Oups, je suis vraiment désolée.
    Elle s’agitait à son bureau, sans jamais croiser mon regard curieux, jusqu'à ce qu'elle trouve un rouleau de ruban adhésif. Elle scotcha les deux morceaux de papiers et me le tendit brusquement.
        
    - Heu, merci
    , grommelai-je. Le papier en main, je me tournai et allai vers la porte, y jetant un rapide coup d'œil pour voir quel était le problème de Mme Stanley.
    Je pensais que mon compte allait être en hausse d'environ mille cinq cent trente-cinq dollars. Je me trompais. Il n’y avait pas trente-cinq dollars, mais trente-six cinquante.
         Et il y avait aussi un bonus de vingt mille.
          Je me figeai sur place, essayant de comprendre les chiffres. Mon compte avait été augmenté de vingt milles dollars avant mon dépôt d'aujourd'hui, qui avait bien été ajouté.
         Pendant un bref instant je pensai à fermer mon compte immédiatement. Mais après avoir soupiré, je retournai vers le comptoir où Mme Stanley m'attendait gaiement, une lueur d’intérêt brillant dans ses yeux.
        
    - Il y a dû avoir une erreur avec l’ordinateur, Mme Stanley, lui dis-je en lui rendant le morceau de papier. Il devrait y avoir mille cinq cent trente six dollars cinquante.

         Elle sourit avec un air de conspiratrice.
        
    - Je savais que c’était un peu étrange.
         - Ça ne serait possible que dans mes rêves, je ris aussi. Parler aussi normalement m’impressionnait.
         Elle tapait vivement.
        
    - Je vois d’où vient le problème … Il y a trois semaines il y a eu un dépôt de vingt milles dollars de … humm, il semblerait que ce soit une autre banque. Je suppose que quelqu’un n’a pas pris les bons numéros de compte.

        
    - Qu’est ce que je risque si je soldais mon compte ? la taquinai-je.
         Elle gloussa distraitement tout en continuant à taper.
        
    - Humm, dit-elle à nouveau, trois rides profondes plissant son front. Il semblerait que ce transfert soit un virement. Nous n’en avons pas beaucoup de ce genre-là. Tu sais quoi ? Je vais demander à Mme Gérandy de jeter un coup d’œil …
    Sa voix s'estompa comme elle se détourna de l'ordinateur, et elle tendit le cou pour regarder par la porte ouverte derrière elle.
        
    - Charlotte, es-tu occupée ?
    demanda-t-elle.
         Pas de réponse. Mme Stanley n'attendit pas la réponse, et passa rapidement par la porte derrière elle pour entrer dans ce qui devait être les bureaux.
    Je scrutai la porte pendant une minute, mais elle ne réapparut pas. Je me tournai et contemplai distraitement par la fenêtre la pluie ruisseler sur la vitre. Elle dégoulinait en ruisseaux irréguliers, et elle tombait parfois en biais à cause du vent. L'attente m'évitait de remarquer les minutes s'écouler. J'essayais de laisser mon esprit vagabonder, ne pensant à rien, mais je n'avais pas l'air de revenir à cet état de semi-coma.
         Finalement, j'entendis à nouveau des voix derrière moi. Je me tournai pour voir Mme Stanley et la femme du Dr Gérandy entrer dans la pièce avec le même sourire poli sur leur visage.
        
    - Désolée pour tout ça, Bella, dit Mme Gérandy, je devrais pouvoir éclaircir ceci avec un petit coup de fil. Tu peux attendre si tu veux.
    Elle désigna une rangée de chaises en bois contre le mur. Elles avaient l'air d'appartenir à la salle à manger de quelqu'un.
        
    - Ok,
    approuvai-je. Je me dirigeai vers les chaises et m'assis en plein milieu de la rangée, souhaitant subitement avoir un livre. Je n'avais rien lu depuis un moment, excepté pour le lycée. Et quand par hasard, certaines histoires d'amour ridicules faisaient partie du programme d'études, je trichais en utilisant un guide de notes. J'étais soulagée d'étudier La Ferme des Animaux désormais. Pourtant, il y avait bien d'autres bons livres. Les thrillers politiques. Les meurtres non élucidés. Les meurtres macabres ne posaient aucun problème, tant que l'intrigue secondaire n'était pas fleur bleue et romantique.
         L’affaire s’éternisa et je commençai à m’énerver. J'en avais assez de l'ennuyeuse pièce grise, sans une seule image pour rehausser les murs vides. Je ne pouvais qu'observer Mme Stanley brasser une pile de papiers et faisant une pause de temps en temps pour entrer quelque chose dans l'ordinateur - elle leva les yeux vers moi une fois, et quand elle croisa mon regard, elle semblait mal à l'aise et fit tomber un dossier. Je pouvais entendre la voix de Mme Gérandy, un murmure à peine audible filtrant de la pièce du fond, mais il n'était pas difficile de comprendre qu'elle avait menti sur la longueur de l'appel. C’était si long que l'on pouvait s'attendre à ce que mon esprit sombre, et si ça ne se terminait pas très vite, je ne pourrais plus rien faire. Je devais réfléchir. Je paniquai légèrement, essayant de trouver un sujet décent auquel je pourrais penser.
         Le retour de Mme Gérandy me sauva. Je lui souris avec gratitude, alors qu'elle passait la tête par la porte, ses épais cheveux blancs attirant mon regard pour la première fois.
        
    - Bella, voudrais-tu bien venir?
    demanda-t-elle, et je réalisai qu'elle avait le téléphone contre son oreille.
         -
    Bien sûr,
    marmonnai-je alors qu'elle disparaissait.
         Mme Stanley dû ouvrir le portillon au bout du comptoir pour me laisser entrer. Elle sourit distraitement, elle ne croisait toujours pas mon regard. J'étais absolument certaine qu'elle était en train d'envisager un moyen pour écouter aux portes.
         Je songeai à quelques solutions possibles alors que je me hâtais d'aller vers le bureau. Quelqu'un avait blanchi de l'argent avec mon compte. Ou peut-être que Charlie touchait des pots-de-vin et j'étais sa couverture. Qui avait assez d'argent pour soudoyer Charlie, après tout? Peut-être que Charlie appartenait à la pègre, touchait des pots-de-vin et utilisait mon compte pour blanchir de l'argent. Non, je ne pouvais pas imaginer Charlie dans la pègre. C'était peut-être Phil. Connaissais-je bien Phil, après tout?
         Mme Gérandy était toujours au téléphone, et elle me montra du menton une chaise pliante en métal devant son bureau. Elle griffonnait précipitamment quelque chose au bas d'une enveloppe. Je m’assis en me demandant si Phil avait un sinistre passé, et si j'allais finir en prison.
        
    - Merci, oui. Et bien, je pense que ce sera tout. Oui, oui. Merci beaucoup pour votre aide.
    Mme Gérandy adressa un sourire inutile à son interlocuteur avant de raccrocher. Elle n'avait pas l'air en colère ni même menaçante. Plutôt excitée et confuse. Cela me rappela Mme Stanley dans le couloir. Pendant une seconde je caressai l'idée de franchir la porte d'un bond et de l'effrayer.
         Mais Mme Gérandy se mit à parler.
        
    - Et bien, je pense que j'ai une excellente nouvelle pour toi ... bien que je ne puisse pas imaginer que tu n'aies pas été informée de ça.
    Elle me fixait d'un air grave, comme si elle attendait que je me tape le front en disant Oh, ces vingt milles dollars LÀ! Ça m'était complètement sorti de la tête!
          - Bonnes nouvelles? la poussai-je. Ces mots devaient signifier que ce problème était trop compliqué pour qu'elle puisse le résoudre et qu'elle avait l'impression que j'étais plus riche que nous le pensions il y a quelques minutes.
        
    - Bon, si tu ne sais vraiment pas ... alors toutes mes félicitations. On t'a accordé une bourse d'étude de... elle regarda ses notes la Pacific Northwest Trust.

        
    - Une bourse? répétai-je incrédule.
        
    - Oui, n'est-ce pas excitant? Mon Dieu, tu peux aller à l'université de ton choix.

        C'est à cet instant précis, alors qu'elle s'extasiait joyeusement sur ma bonne fortune, que je su exactement d'où venait l'argent. En dépit d'un soudain élan de colère, d'émotion, d'humiliation et de souffrance, j'essayai de parler calmement.
        
    - Une bourse de vingt mille dollars qui a été virée en liquide sur mon compte, remarquai-je Au lieu de la verser à l'école. Sans même avoir la certitude que je m'en servirais pour l'université.
         Ma réaction l'énerva. J'avais l'impression de l'avoir offensée par mes paroles.
        
    - Il serait vraiment imprudent de ne pas utiliser cette argent pour ce à quoi il est destiné, ma chère Bella. C'est le genre de chance qu'on n'a qu'une fois dans sa vie.
        
    - Bien sûr, dis-je aigrement. Et, est-ce que cette Pacific Northwest Trust a expliquée pourquoi elle m'avait choisie?
         Elle regarda ses notes une fois de plus, mon ton lui faisant légèrement froncer les sourcils.
        
    - C'est vraiment un honneur - il ne décerne pas une bourse comme celle-là tous les ans.
         - Ça, j'en mettrais ma main à couper.
         Elle me jeta un coup d'œil et regarda ailleurs promptement.
       
      - La banque à Seattle qui dirige la transaction m'a renvoyée vers l'homme qui gère l'allocation des bourses. Il a dit que la bourse est attribuée sur la base du mérite, le sexe de la personne et le lieu. Ça concerne les étudiantes dans les petites villes qui n'ont pas l'opportunité d'une ville plus grande.
         Il semblait que ce quelqu'un se trouvait drôle.
        
    - Mérite? Répondis-je avec désapprobation. J'ai une moyenne de 17. Je peux vous citer trois filles à Forks qui ont de meilleurs résultats que moi, et l'une d'elles est Jessica. Par ailleurs - je n'ai jamais fais de demande de bourse.
         Elle était vraiment énervée maintenant, prenant son stylo et le reposant encore, attrapant le pendentif qu'elle portait entre le pouce et l'index. Elle parcouru ses notes à nouveau.
      
       - Il n'a pas évoqué ça ...  Elle baissa les yeux vers l'enveloppe, elle n'était pas certaine de savoir comment réagir face à mon comportement. "Ils n'acceptent pas les demandes. Ils vérifient les demandes rejetées pour d'autres bourses et ils choisissent les étudiants qu'ils estiment avoir été injustement oubliés. Ils ont eu ton nom sur une demande de bourse que tu as envoyé pour une demande d'aide financière pour l'Université de Washington.
         Je senti les coins de ma bouche s'affaisser. Je ne savais pas que ma demande avait été rejetée.    C'était quelque chose que j'avais rempli il y a longtemps, bien avant ...
         Et je n'avais pas pensé à d'autres alternatives, bien que les dates limites fussent dépassées. Je n'arrivais pas à me concentrer sur mon futur. Mais l'Université de Washington était le seul lieu où je serais assez près de Charlie et de Forks.
        
    - Comment reçoivent-ils les demandes rejetées ?
    demandais-je d'une voix plate.
         -
    Je n'en suis pas sûre, ma chère. Mme Gérandy n'était pas contente. Elle s'attendait à de l'excitation et elle avait trouvé de l'hostilité. J'aurais souhaité lui expliquer que ma réaction négative n'était pas dirigée contre elle. Mais l'administrateur m'a laissé son numéro au cas où j'aurais d'autres questions - tu pourrais l'appeler toi-même. Je suis sûre qu'il arrivera à te convaincre que cet argent est bien pour toi.

         Je n'avais aucun doute là-dessus.
        
    - J'aimerais avoir le numéro.
         Elle écrivit rapidement sur un petit bout de papier déchiré. Je me mis en tête d'envoyer anonymement un bloc de post-it à la banque.
         C'était un appel longue distance.
        
    - Je suppose qu'il n'a pas laissé une adresse e-mail? demandai-je sans grande conviction. Je ne voulais pas faire grimper la facture de Charlie.
        
    - En fait, si.
    Elle souriait, contente d'avoir quelque chose que je voulais. Elle se pencha par dessus le bureau pour écrire une autre ligne sur mon bout de papier.
         
    - Merci. Je vais le contacter dès que je serais rentrée chez moi.
    Ma bouche formait une ligne dure.
         
    - Ma chère, dit Mme Gérandy hésitante. Tu devrais être heureuse pour tout ça. C'est une grande opportunité.

          - Je ne vais pas prendre vingt milles dollars que je n'ai pas mérité, répliquai-je en essayant de cacher le dégout dans ma voix.
          Elle se mordit la lèvre et baissa les yeux à nouveau. Elle aussi pensait que j'étais folle. Et bien, j'allais le lui faire dire à haute voix.
         
    - Quoi?
    demandais-je.
          -
    Bella ... elle s'arrêta et attendit, les dents serrées. C'est beaucoup plus que vingt mille dollars.

         
    - Excusez-moi?
          J'étais choquée.
         
    - Plus?
          - En fait, le paiement initial est juste de vingt mille. À partir de maintenant, tu recevras cinq mille dollars tous les mois jusqu'à la fin du lycée. Si tu t'inscris à l'université, la bourse continuera à être versée. En me disant ça, elle était à nouveau excitée.
          Dans un premier temps je n'arrivais plus à parler, j'étais trop furieuse. Cinq milles dollars par mois pendant une durée indéterminée. J'aurais voulu casser quelque chose.
         
    - Comment?"
    réussi-je à lâcher.
         
    - Je ne comprends pas ce que tu veux dire.

          - Comment vais-je recevoir cinq milles dollars par mois?
          - Ça sera viré sur ton compte, répondit-elle, perplexe.
          Il y eut un bref instant de silence.
          -
    Je vais clôturer mon compte maintenant,
    dis-je d'une voix blanche.
          Cela me prit quinze minutes pour la convaincre que j'étais sérieuse. Elle finit par me dire que mes raisons, quelles qu'elles fussent, n'étaient pas bonnes. Je discutai avec entêtement, jusqu’à ce qu'il me vienne à l'esprit qu'elle se faisait du souci pour me donner les vingt mille dollars. Est-ce qu'ils disposaient d'une telle somme?
          - Attendez, Mme Gérandy, la rassurai-je. Je veux juste retirer mes mille cinq cents dollars. J'apprécierais vraiment si vous pouviez renvoyer le reste de l'argent d'où il vient. Je vais m'arranger avec ce - Je vérifiai le papier. - Monsieur Isaac Randall. C'est vraiment une erreur.

          Elle sembla se détendre.
          Environs vingt minutes plus tard, avec une liasse de mille cinq cent dollars, un billet de vingt, un de dix, un de cinq, un de un et cinquante cents en poche, je m'enfuyais de la banque avec soulagement. Mme Stanley et Mme Gérandy se tenaient debout près du comptoir me regardant avec de grands yeux.

    Scène deux : la même soirée après avoir acheté les motos, et après avoir rendu visite à Jacob la première fois…

         Je refermai la porte derrière moi, et je sorti mon argent pour l’université de ma poche. Ça semblait bien modeste dans la paume de ma main.  Je le mis au fond d’une chaussette immettable et la rangeai au fond d’un tiroir avec mes sous-vêtements. Ce n’était sûrement pas le lieu le plus original pour cacher quelque chose, mais je m’occuperais de trouver quelque chose de plus inventif plus tard.
          Dans mon autre poche, il y avait le petit morceau de papier avec le numéro de téléphone et l’adresse e-mail d’Isaac Randall. Je le pris et le posai sur le clavier de mon ordinateur, ensuite j’appuyai sur le bouton, tapant impatiemment du pied pendant que l’écran s’éclairait.
         Quand je fus connectée, j’ouvris ma messagerie.  Je dû patienter, car il me fallut fermer une montagne de fenêtre de pubs qui avait inondé ma boîte mail durant les quelques jours où j’avais écris à Renée. J’en finissais avec ce travail laborieux, et je pus ouvrir une page vierge pour écrire un message.
          L’adresse e-mail indiquait « irandall », donc je supposais que j’allais être dirigée vers la personne concernée.
         
         Cher Monsieur Randall, écrivais-je,
          J’espère que vous vous souvenez de la conversation que vous avez eue cet après-midi avec Mme Gérandy de la Banque Fédérale de Forks. Mon nom est Isabella Swan et apparemment, il s’avère qu’il m’a été attribué  une très généreuse bourse scolaire de la Pacific Northwest Trust Company.
    Je suis navrée, mais je ne peux pas accepter cette bourse. J’ai déjà demandé que l’argent soit renvoyé sur le compte d’où il  venait, et clôturé mon propre compte à la Banque Fédérale de Forks. S’il vous plaît, veuillez attribuer cette bourse à une autre candidate.
    Merci. I. Swan.


         Il me fallut plusieurs essais pour que cela sonne bien – formel et explicite. Je le relu deux fois avant de l’envoyer. Je n’étais pas tout à fait certaine des instructions que Mr Randall avaient reçues à propos de cette fausse bourse, mais je ne voyais aucune alternative à ma réponse.

    Scène trois : quelques semaines plus tard, juste avant le « rendez-vous » de Bella et Jacob avec les motos…

         En rentrant, je pris le courrier sur le chemin. J’écartai rapidement les factures et les pubs, jusqu’à ce que je trouve la lettre pratiquement à la fin de la pile.
          C’était une enveloppe administrative normale qui m’était adressée – mon nom était en manuscrit, ce qui était inhabituel. Je regardai l’adresse de l’expéditeur avec intérêt.
    Intérêt qui se transforma rapidement en une nausée nerveuse. La lettre venait de la Pacific Northwest Trust, Bureau d’Attribution des Bourses. Il n’y avait pas de rue sous le nom.
          C’était sûrement juste une confirmation de mon refus, me disais-je. Il n’y avait aucune raison pour que je sois nerveuse. Aucune raison du tout, bien qu’un seul petit détail pourrait me renvoyer en bas de la spirale de zombie land. Seulement ça.
          Je déposai le reste du courrier sur la table pour Charlie, ramassai mes livres qui gisaient sur le sol du salon et me précipitai dans les escaliers. Une fois dans ma chambre, je verrouillai la porte et déchirai l’enveloppe. Je ne devais pas oublier que je devais rester en colère. La colère, c’était la solution.

       
      Chère Melle Swan,
          Permettez-moi de vous féliciter officiellement pour l’attribution de la prestigieuse bourse J. Nicholls de la Pacific Northwest Trust. Cette bourse n’est attribuée que rarement, et vous devez être fière de savoir que le Comité d’Attribution ayant retenu votre nom a fait l’unanimité pour cet honneur.
    Il y a eu quelques petites difficultés dans le versement de votre bourse, mais je vous prie de ne pas vous sentir concernée. J’ai pris sur moi de vous évitez tout désagrément. Vous trouverez ci-joint un chèque de caisse d’un montant de vingt-cinq mille dollars ; le versement initial plus le premier mois de l’allocation.
    Encore une fois je me permets de vous adresser mes félicitations pour votre bourse. Veuillez accepter tous les vœux de la Pacific Northwest Trust pour votre scolarité.
    Cordialement, I. Randall

         Pour ce qui était d'être en colère, il n'y avait aucun problème.
          Je regardai dans l'enveloppe, et bien entendu, il y avait le chèque à l'intérieur.
         
    - Qui sont ces gens? grognai-je les dents serrées, écrasant la lettre, d'une main, en une boule bien serrée.
          J'avançai furieusement vers ma poubelle, pour y dénicher le numéro de téléphone de Mr Randall. Peu importe que ce soit un appel longue distance, ce sera une conversation très courte.
         
    - C'est pas vrai!
    sifflai-je. La poubelle était vide. Charlie avait jeté les ordures.
          Je jetai l'enveloppe avec le chèque sur le lit et défroissai la lettre. C'était un papier à entête, en haut duquel était inscrit en vert foncé Pacific Northwest Bureau d'Attribution des Bourses, mais il n'y avait aucune autre information, ni adresse, ni numéro de téléphone.
        
      - Bon sang.

          Je m’assis sur le rebord de mon lit et essayai de réfléchir calmement. Apparemment ils avaient décidé de m'ignorer. J'avais pourtant été très claire, ce n'était donc pas un problème de compréhension. Ça ne ferait probablement aucune différence si je téléphonais.
          Il n'y avait donc qu'une seule chose à faire.
          Je chiffonnai de nouveau la lettre, détruisis l'enveloppe ainsi que le chèque, et dévalai les escaliers.
         Charlie était au salon, le volume de la télé fort.
          Je me dirigeai vers l'évier de la cuisine, et jetai les boules de papiers à l'intérieur. Ensuite, je farfouillai dans notre tiroir à bazar jusqu'à ce que je trouve une boîte d'allumettes. J'en allumai une, et l'insérai délicatement dans un des trous du papier. J'en allumai une autre, et fis de même. J'avais l'intention d'en allumer une troisième, mais le papier avais brûlé avec enthousiasme, ce n'était donc vraiment pas nécessaire.
        
      - Bella? La voix de Charlie couvrait le son de la télé.
          J'ouvrai rapidement le robinet, ressentant un sentiment d'intense satisfaction alors que la force du jet réduisait le brasier en une espèce de pâte de cendre plate et gluante.
         
    - Oui, Papa?
    je remis les allumettes dans le tiroir et le fermai rapidement.
         
    - Tu ne sens pas de la fumée?

          - Non, Papa.
          - Mmmm.
          Je rinçai l'évier, pour être certaine que toutes les cendres finiraient dans le tuyau d'évacuation, et allumai le broyeur par prudence.
          Je retournai dans ma chambre, quelque peu apaisée. Ils pourraient m'envoyer tous les chèques qu'ils voulaient pesai-je gravement. Quand je manquerai d'allumettes, je pourrais toujours en racheter.

    Scène quatre : pendant la période où Jacob l'évitait…

         Il y avait un colis sur le pas de la porte. Je le ramassai avec curiosité, m'attendant à un retour de courrier de Floride, mais il venait de Seattle. Il n'y avait aucun nom  d'expéditeur inscrit sur le côté du carton.
         C'était à moi qu'il était adressé, pas à Charlie, ainsi je le posai sur la table et je déchirai l'étiquette du carton pour l'ouvrir.
          À peine avais-je vu le logo vert foncé de la Pacific Northwest Trust que je sentis ma gastro-entérite revenir. Je m'affalai sur la chaise la plus proche sans un regard pour la lettre, ma colère grandissant lentement.
          Je ne pouvais pas me résoudre à la lire, même si ça n'avait pas été long. Je la sortis du carton, la posai en la retournant sur la table, et jetai à contre cœur un autre coup d'œil dans le carton pour voir ce qu'il y avait dedans. C'était une enveloppe bombée. J'avais peur de l'ouvrir, mais j'étais malgré tout assez en colère pour l'arracher au carton.
         Mes lèvres formaient une ligne dure alors que je l’ouvrai sans prendre la peine d'utiliser l'ouverture.    J'avais déjà assez à faire maintenant. Réminiscence et provocation étaient vraiment les dernières choses dont j'avais besoin.
          J'étais choquée, mais cependant pas surprise. Qu'est-ce que ça aurait pu être d'autre à part ça - trois grosses liasses de billets, attachées proprement par de larges bandes. Je n'avais pas besoin de regarder les coupures. Je savais exactement combien ils me forçaient à accepter. C'était trente milles dollars.
          Tout en me levant, je soulevai précautionneusement l'enveloppe, puis me retournai et la laissai tomber dans l'évier. Les allumettes étaient au fond du tiroir à bazar, exactement là où je les avais laissées la dernière fois. J'en pris une et l'allumai.
          La flamme s'approchait de plus en plus près de mes doigts alors que je fixais l'horrible enveloppe. Je ne parvenais pas à la lâcher. J'éteignis l'allumette avant de me brûler. Une grimace de dégout se dessina sur mon visage.
          Je saisis la lettre de la table, en fit une boule et la balançai dans l’autre bac de l’évier. Je grattai une autre allumette et la glissai entre les papiers, et je regardai le tout brûler avec une amère satisfaction. Un simple échauffement. Je m’emparai d’une autre allumette. Encore une fois, la tenant, elle se consumait, au-dessus de l’enveloppe. Encore une fois, je me brûlai presque les doigts avant de la jeter dans  les cendres de la lettre. Je ne pouvais pas me résoudre à brûler trente milles dollars.
          Qu’allais-je donc faire de ça ? Il n’y avait pas d’adresse où les renvoyer – j’étais pratiquement sûre que la société n’existait pas réellement.
         Puis il me vint à l’esprit que j’avais une adresse.
         Je fourrai à nouveau l’argent dans le carton, arrachant l’étiquette portant mon nom, comme ça si quelqu’un d’autre le trouvait, il serait impossible de faire le rapprochement avec moi. J’allai vers ma camionnette, râlant stupidement tous le long du trajet. Je me promis d’être particulièrement téméraire avec ma moto cette semaine.
          Je ferais quelques cascades s’il le fallait.
          Je haïssais chaque centimètre de la route alors que je m’enfonçais dans les arbres sombres, serrant les dents à en avoir mal aux mâchoires. Mes cauchemars seraient violents ce soir – je ne demandais que ça. Des fougères remplacèrent les arbres, je roulai rageusement dessus, laissant deux traces de pneus derrière moi. Je m’arrêtai devant les escaliers du porche, les gravis impassiblement.
          La maison était toujours dans le même état, tristement vide, morte. Je savais que je projetais mes propres émotions en son apparence, mais ça ne changeait en rien la façon dont je la voyais. En prenant soin de ne pas regarder par les fenêtres, je marchai vers la porte d’entrée. Je souhaitai désespérément être un zombie un instant de plus, mais ma léthargie avait pris fin.
          Je posai minutieusement le carton sur le palier de la maison abandonnée, et m’en allai.
          Je m’arrêtai en haut de la première marche. Je ne pouvais quand même pas laisser un tas de billets devant la porte d’entrée. C’était presque aussi mal que de les brûler.
          Avec un soupir, baissant les yeux, je fis demi-tour et ramassai le carton injurieux. Peut-être pourrais-je en faire don anonymement à une œuvre de charité. Une œuvre de bienfaisance pour les gens atteints de maladie du sang, ou quelque chose comme ça.
         Mais je secouai la tête en retournant vers la camionnette. C'était son argent, et bon sang, il allait le garder. Si on lui volait sous son porche, ça serait de sa faute, pas de la mienne.
         Ma fenêtre était ouverte, et au lieu de descendre de ma camionnette, je lançai simplement le carton aussi fort que possible vers la porte d'entrée.
          Je n'avais jamais su viser, et le carton brisa bruyamment la baie vitrée, laissant un trou si gros qu'on aurait dit que j'avais envoyé une machine à laver.
          -
    Oh, c'est pas vrai!, soupirai-je tout haut, couvrant mon visage avec mes mains.
          Ce que j'avais fais n'avait aucune importance, je le savais, je rendais juste les choses encore plus difficiles.
          Heureusement, ma colère reprit le dessus. C'était de sa faute, me répétai-je. Je lui rendais simplement ce qui lui appartenait. S'il devait faire cette réparation, ça serait son problème.
          Par ailleurs, le bruit du verre brisé était plutôt agréable - je me sentais un peu mieux d'une façon perverse.
          Je n’étais pas vraiment convaincue, mais je démarrai la camionnette, passai une vitesse et m'en allai.  C'était si proche que je pouvais revenir prendre l'argent où il reposait. Et maintenant, j'avais un endroit approprié pour laisser le colis du mois prochain.
          C'était le mieux que je pouvais faire.
          J'y repensai, une demi heure plus tard quand je fus à la maison. Je me dirigeai vers le bottin pour chercher un vitrier, mais il n'y avait aucun témoin qui puisse m'aider. Comment allais-je justifier l'adresse?  Est-ce que Charlie devrait m'arrêter pour vandalisme?

    Scène cinq : la première nuit où Alice est revenue après qu'elle aie vu Bella "se suicider"...

         
    - Jasper n'a pas voulu t'accompagner?
          - Il n'approuvait pas que j'intervienne.
          Je reniflai.
        
      - Tu n'es pas la seule.
          Elle se raidit, puis se détendit.
      
        - Est-ce que ça a un rapport avec le trou dans la baie vitrée de ma maison et le carton rempli de billets de mille dollars sur le sol du salon?
         
    - Assurément, dis-je avec colère. Désolé pour la fenêtre. C'était un accident.
          - C'est souvent le cas avec toi. Qu'a-t-il fait?
          - Quelque chose appelé la Pacific Northwest Trust m'a attribué une très étrange et très persistante bourse d'étude. Ce n'était rien de plus qu'une couverture. Je veux dire, je pense qu'il ne voulait pas que je sache que c'était lui, mais j'espère qu'il n'imaginait pas que je serais aussi naïve.
          - Et bien, quel gros tricheur, murmura Alice.
         
    - Exactement.

          - Et il me disait de ne pas t'épier. Elle secouait la tête avec irritation.

    Scène six : Avec Edward, la nuit après l'Italie, dans la chambre de Bella…


        
      - Y a-t-il une raison pour que le danger ne puisse te résister plus que moi ?
          - Le danger n'essaie pas, marmottai-je.
         
    - Bien sûr, il semble que tu cherchais activement le danger. À quoi pensais-tu Bella? J'ai vu dans la tête de Charlie le nombre de fois où tu as fini aux urgences ces derniers temps. T'ai-je dis que j'étais furieux contre toi?

         De sa voix paisible on percevait plus la douleur que la colère.
          -
    Pourquoi? Ce ne sont pas tes affaires,
    dis-je, embarrassée.
         
    - En fait, je me rappelle clairement que tu avais promis de ne rien faire de téméraire.

          Ma réponse fut prompte.
        
      - Et tu n'avais pas promis de ne plus interférer?
          - À l'époque, tu avais franchi la limite, me signifia-t-il avec précaution. J'ai respecté ma part du contrat
          - Ah, c'est comme ça? Trois mots, Edward : Pacific. Northwest. Trust
          Il releva la tête pour me regarder, il paraissait perplexe et innocent - beaucoup trop innocent. C'était peine perdue.
        
      - C'est censé me dire quelque chose?

          - C'était vraiment insultant, me plaignis-je. Tu penses que je suis aussi stupide?
          - Je ne comprends pas un mot de ce que tu dis, dit-il les yeux écarquillés.
         
    - Si tu le dis
    , grommelai-je.

    Scène sept : conclusion de ce fil d’Ariane : la même nuit/matin, quand ils arrivent chez les Cullen pour le vote…

         Soudainement, la fumière du porche s’alluma d’un coup, et je pus voir Esmé nous attendre sur le pas de la porte. Ses cheveux caramel ondulés étaient détachés, et elle tenait une sorte de truelle dans la main.
     
         - Est-ce que tout le monde est à la maison ? demandai-je avec espoir alors que nous montions les marches.
         
    - Oui, ils sont là.
    Alors qu’elle parlait, les fenêtres furent soudain pleines de lumières.
          Je regardai par la plus proche pour voir qui nous avait aperçus, mais posé sur un tabouret, un seau contenant une épaisse bouillie grise attira mon attention. Je regardai la perfection lisse du verre, et réalisai ce que faisait Esmé sous le porche avec une truelle.
        
      - Oh non, Esmée. Je suis vraiment désolée pour la fenêtre ! J’allais …

          - Ne t’en fais pas pour ça, m’interrompit-t-elle avec un sourire. Alice m’a raconté l’histoire, et je tiens à te dire que je ne te blâme pas d’avoir fait ça pour cette raison. Elle dévisageait son fils, qui me dévisageait.
          Je levai un sourcil. Il regardait ailleurs marmonnant quelque chose d’indistinct à propos qu’à cheval donné on ne regarde pas la bouche.<o:p></o:p>

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                                                            <o:p></o:p>

                                                FIN<o:p></o:p>


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  • Shopping avec Alice

     La voiture était une limousine brillante, noire et puissante, aux vitres fumées. Le moteur ronronnait comme un félin alors que nous roulions à toute vitesse dans la nuit profonde. Jasper conduisait d'une main, d'un air négligent, la voiture avançait avec une parfaite précision.
          Alice était assise avec moi sur la banquette arrière en cuir noir. Je ne savais pas comment mais au cours de la nuit, ma tête avait fini contre son cou de granit, et ses bras froids m'encerclait à présent, sa joue appuyée contre le haut de ma tête.  Son chandail en coton était trempé par mes torrants de larmes. De temps en temps ma respiration devenait irrégulière alors elle murmurait doucement avec sa voix chantonnante des encourragements. Pour rester calme, je me concentrai sur le toucher de sa peau froide ; c'était comme une connexion physique avec Edward.
      Tous les deux m'assurèrent, quand je réalisai, frappée de panique, que toutes mes affaires étaient encore dans la camionnette – que laisser tout ça derrière était nécessaire, ça avait un rapport avec l'odeur. Ils me dirent de ne pas m'inquiéter à propos des vêtements et de l'argent. J'essayai de leur faire confiance mais porter les vêtements de Rosalie ne me plaisait pas vraiement
    .
          Sur les routes lisses, Jasper ne laissait pas la voiture passer au-dessous de cent quatre-vingt dix kilomètres à l'heure. Il semblait complètement ignorant des limites de vitesse, heureusement pour nous que les voitures de patrouille n' était pas sur notre chemin. Les seules pauses de la conduite furent deux arrêts pour l'essence. Je remarquai que Jasper payer en liquide toutes les fois.
          Le soleil se leva alors que nous étions quelque part dans le nord de la Californie. Je regardai la lueur orange à travers le ciel sans nuages avec des yeux secs. J'étais épuisée mais le sommeil m'avait échappé, mon esprit était trop plein d'images dérangeantes pour me noyer dans l'inconscience. L'expression brisée de Charlie, le grognement brutal d'Edward, les dents à découvert, le regard assassin du traqueur, l'expression morne de Laurent, le regard éteint d'Edward après qu'il m'ait embrassée la dernière fois, la fougue de notre dernier baisé; elles défilaient devant mes yeux comme des flashs, mes sentiments alternant entre la terreur et le désespoir.
          À Sacramento, Alice voulut que Jasper s'arrête, pour me prendre de la nourriture. Mais je secouai la tête, fatiguée, et lui dit de continuer de conduire d'une voix creuse.
          Quelques heures plus tard, dans une banlieue en dehors de L.A., Alice lui parla doucement à nouveau, et il sortit de la route au son de mes faibles protestations. Un grand centre commercial était visible depuis la route, il se dirigea par là, entrant dans le parking, au sous-sol, pour se garer.
          - Reste avec la voiture, dit-elle à Jasper.

          - Tu es sûre ? demanda-t-il avec appréhension.
          - Je ne vois personne ici, dit-elle.
          Il acquiesça, consentant.
          Alice me prit la main et me fit sortir de la voiture. Elle laissa ma main dans la mienne, me gardant près d'elle alors que nous sortions du parking sombre. Elle contourna le bord du parking, restant dans l'ombre. Je remarquai la manière dont sa peau semblait briller dans les rayons du soleil qui se reflétaient sur le trottoir. Le centre commercial était bondé, beaucoup de groupes passaient à côté de nous, quelques-uns tournant la tête pour nous regarder passer.

          Nous marchâmes sous un pont qui reliait le plus haut niveau du parking au second étage d'un magasin, restant toujours en retrait des rayons du soleil. Une fois à l'intérieur, Alice semblait moins remarquable, simplement une fille pâle, les yeux cernés mais alertes, et les cheveux noirs coiffés en piques. Les marques sous mes yeux, j'en étais sûre, étaient plus évidentes que les siennes. Nous attirions toujours l'attention de quiconque tournait les yeux vers nous, vers moi surtout. Je me demandai ce qu'ils pensaient voir. La délicate, dansante Alice, avec son visage d'ange, habillée de vêtements fins, pâles, qui ne minimisaient pas assez sa pâleur, me tenant la main, menant clairement, alors que je traînais des pieds dans des vêtements qui ne m'allaient pas du tout et mes cheveux ternes emmêlés retombant dans mon dos.
         Alice m'entraîna infailliblement vers la nourriture.
          - Qu'est-ce que tu veux manger ?
     
      L'odeur des fast-foods gras me retourna l'estomac. Mais les yeux d'Alice n'étaient pas ouverts à la persuasion. Je demandai sans enthousiasme un sandwich à la dinde.
          - Je peux aller aux toilettes ? demandai-je alors que nous allions vers la queue.
          - Oui me dit elle en changeant de direction, sans relâcher ma main.
          - Je peux y aller seule ? demandai-je
          L'atmosphère du centre commercial me faisait me sentir le plus normal possible depuis notre jeu désastreux de la nuit dernière.
          - Désolée, Bella, mais Edward lira mon esprit quand il sera là et s'il voit que je t'ai perdue de vue ne serait-ce qu'une minute...
          Elle s'arrêta, ne voulant pas envisager les conséquences.

          Au moins, elle attendit à l'extérieur des toilettes bondées. Je me lavai le visage ainsi que les mains, ignorant les regards choqués des femmes autour de moi. J'essayai de peigner mes cheveux avec mes doigts, mais abandonnai rapidement. Alice me prit la main de nouveau à la porte, et nous retournâmes lentement vers la queue pour la nourriture. Je traînais les pieds, mais elle n'avait pas l'air impatiente.

          Elle me regarda manger, lentement au départ, puis plus vite alors que mon appétit revenait. Je vidai si rapidement le soda qu'elle m'avait apporté qu'elle me quitta pendant un moment – sans me lâcher des yeux cependant – pour en prendre un autre.
          - C'est définitivement plus commode, ce que tu manges, commenta-t-elle alors que je finissais. 
    Mais ça ne semble pas très drôle.
          - Chasser est plus excitant, j'imagine.

          - Tu n'as pas idée.

          Elle sourit de toutes ses dents brillantes, et plusieurs têtes se tournèrent vers nous.
          Après s'être débarrassée des déchets, elle m'entraîna vers les larges couloirs du centre commercial, son regard s'éclairant de temps à autres sur quelque chose qu'elle voulait, m'entraînant avec elle à chaque arrêt. Elle s'arrêta un moment dans une boutique très chère pour acheter trois paires de lunettes de soleil, deux pour femme et une pour homme. Je remarquai que l'employé la regarda différemment quand elle lui tendit une carte de crédit peu familière avec des lignes dorées dessus. Elle trouva une boutique d'accessoires où elle prit une brosse et des élastiques.

         Mais elle n'en avait pas réellement fini jusqu'à ce qu'elle m'entraîne dans un genre de boutique que je ne fréquentais jamais, parce que le prix d'une paire de chaussettes n'aurait pas été dans mes moyens.
          - Tu dois faire une taille deux, environ.
          C'était une constatation, pas une question.

          Elle m'utilisa comme mule pour porter les paquets, me chargeant d'un incroyable amas de vêtements. De temps en temps, je la voyais prendre une petite taille alors qu'elle choisissait quelque chose pour elle. Les vêtements qu'elle prenait pour elle étaient en matériau léger, mais à manches longues ou descendant jusqu'aux pieds, étudiés pour couvrir le plus de peau possible. Un large chapeau en paille noir couronnait la pile de vêtements.
          La vendeuse eut la même réaction vis-à-vis de la carte peu familière, devenant plus serviable, et appelant Alice "mademoiselle". Le nom qu'elle disait n'était pas familier pourtant. Une fois que nous étions en dehors du centre commercial à nouveau, nos bras chargés de sacs dont elle portait la majorité, je lui posai la question.
         
    - Comment elle t'a appelée ?

          - La carte de crédit indique Rachel Lee. On va faire très attention de ne laisser aucune trace pour le traqueur. Allons te changer.

          J'y réfléchis alors qu'elle m'emmenait à nouveau vers les toilettes, me poussant dans la cabine pour handicapé, pour que j’aie de l'espace pour bouger. Je l'entendis fouiller dans les sacs, me tendant finalement une robe bleu clair en coton par-dessus la porte. J'enlevai avec gratitude le jean trop long et trop serré de Rosalie, ôtai le chemisier qui m'était trop large aux mauvais endroits, et les fit passer par-dessus la porte. Elle me surprit en poussant une paire de sandales légères en cuir sous la porte – où les avait-elle eues ? La robe m'allait étonnamment bien, laissant deviner une coupe hors de prix à la façon dont elle me moulait.

          Alors que je quittais la cabine, je remarquai qu'elle mettait les vêtements de Rosalie dans la poubelle.
          - Garde tes baskets, dit-elle. Je les mis sur le dessus d'un des sacs.

          Nous retournâmes vers le parking. Alice eut moins de regards cette fois, elle était tellement couverte de sacs que sa peau était à peine visible.
          Jasper attendait. Il se glissa hors de la voiture en nous voyant – le coffre était ouvert. Alors qu'il prenait mes sacs en premier, il lança un regard sardonique à Alice.
         - Je savais que j'aurais dû venir, marmonna-t-il.
          - Oui, acquiesça-t-elle, elles t'auraient adoré, dans les toilettes des femmes.
          Il ne répondit rien.
          Alice fouilla rapidement dans ses sacs avant de les mettre dans le coffre. Elle tendit à Jasper une paire de lunettes de soleil, en mettant elle-même une. Elle me tendit la troisième paire ainsi que la brosse à cheveux. Puis elle sortit un chemisier à manches longues, d'un tissu fin, d'un noir transparent, l'enfilant par-dessus son t-shirt mais le laissant ouvert. Pour finir, elle ajouta le chapeau de paille. Sur elle, ce costume rudimentaire semblait appartenir à un défilé de mode. Elle attrapa une poignée de vêtements et, les roulant en boule, elle ouvrit la porte arrière et fit un oreiller sur le siège.
          - Tu as besoin de dormir, maintenant, ordonna-t-elle fermement.
          Je me laissai tomber avec obéissance sur le siège, laissant ma tête reposer, me blottissant sur le côté. J'étais à moitié endormie quand la voiture se mit en route.
          - Tu n'aurais pas dû me prendre tout ça, marmonnai-je.

          - Ne t'inquiète pas pour ça, Bella. Dors.
          Sa voix était reposante.
          - Merci, soupirai-je avant de sombrer dans un sommeil inconfortable.
          Ce fut la douleur d'avoir dormi dans une position si serrée qui me réveilla. J'étais toujours éreintée, mais devins soudain très nerveuse en me rappelant où j'étais. Je m'assis pour voir la Vallée du Soleil s'étendre devant moi ; la large étendue de toits en tuiles, de palmiers, d'autoroutes, de nuages de pollution et de piscines, entourée par de petites et pierreuses dorsales que nous appelions montagnes. J'étais surprise de ne ressentir aucun sentiment de soulagement, seulement un acariâtre mal du pays pour le ciel pluvieux et l'enceinte verte de l'endroit qui pour moi signifiait Edward. Je secouai la tête, essayant de repousser le début de désespoir qui menaçait de m'envahir.
          Jasper et Alice parlaient ; au courant, j'en étais sûre, que j'étais à nouveau consciente, mais ils ne donnèrent aucun signe. Leurs voix rapides et douces, l'une basse, l'autre haut perchée, flottaient musicalement autour de moi. Je déterminai qu'ils discutaient de l'endroit où rester.
          - Bella, me demanda nonchalamment Alice, comme si je faisais déjà partie de la conversation. 
    Quel chemin pour l'aéroport ?
          - Reste sur la I-10,
    dis-je automatiquement. Elle passe juste devant.
          Je réfléchis un moment, mon cerveau toujours embrumé par le sommeil.
          - Est-ce qu'on prend l'avion ? demandai-je.
          - Non, mais il vaut mieux être à côté, au cas où.
          Elle ouvrit son téléphone portable, et apparemment appela les renseignements. Elle parlait plus lentement que d'habitude, demandant des hôtels proches de l'aéroport, acquiesçant à une proposition, puis s'arrêtant pendant qu'elle était connectée.  Elle fit des réservations pour une semaine sous le nom de Christian Bower, débitant le numéro d'une carte de crédit sans en regarder aucun. Je l'entendis répéter les indications pour l'intérêt de l'opérateur ; j'étais sûre qu'elle n'avait besoin d'aucune aide pour sa mémoire.
          La vue du téléphone m'avait rappelé mes responsabilités.
          - Alice, dis-je quand elle eut fini. Je dois appeler mon père.
          Ma voix était sombre. Elle me tendit le téléphone.
          On était en fin d'après-midi ; j'espérais qu'il était au travail. Mais il répondit à la première sonnerie. J'eus un mouvement de recul, imaginant son visage anxieux.
          - Papa ? dis-je, hésitante.
     
      - Bella ! Où es-tu, ma chérie ?
          Un fort soulagement emplissait sa voix.

          - Je suis sur la route.
          Il n'y avait pas besoin de lui faire savoir que j'avais accompli un voyage de trois jours en une nuit.

         
    - Bella, tu dois faire demi-tour.

          - Je dois rentrer à la maison.

         - Ma chérie, et si on parlait de ça ? Tu n'as pas besoin de partir juste à cause d'un garçon.
         Il était très prudent, je le devinais.

          - Papa, laisse-moi une semaine. J'ai besoin de réfléchir à tout ça, et après je déciderai si je rentre ou pas. Ça n'a rien à voir avec toi, tu le sais.
          Ma voix tremblait légèrement.
         
    - Je t'aime, Papa. Quoi que je décide, je te verrai bientôt. Je te le promets.
          -D'accord, Bella.

          Sa voix était résignée.
         
    - Appelle-moi quand tu arrives à Phoenix.
          - Je t'appellerai de la maison, Papa. Au revoir.

          - Au revoir, Bella.

          Il hésita avant de raccrocher.
          Au moins j'étais à nouveau en bons termes avec Charlie, pensai-je alors que je rendais le téléphone à Alice. Elle me regardait attentivement, attendant peut-être un autre craquage émotionnel. Mais j'étais juste trop fatiguée.

          La ville familière défilait devant ma fenêtre sombre. Le trafic était fluide. Nous traversâmes rapidement le centre ville, puis tournâmes autour de Sky Harbor International, allant vers le sud, à Tempe. Juste de l'autre côté du lit sec de la Salt River, un peu plus d'un kilomètre après l'aéroport, Jasper sortit sur la commande d'Alice. Elle le dirigea facilement à travers les rues jusqu'à l'entrée de l'aéroport Hilton.

          J'avais pensé au Motel 6, mais j'étais sûre qu'ils balaieraient les soucis financiers. Ils avaient l'air d'avoir une réserve sans fin.

         Nous rentrâmes dans le parking devant le Ramada, et deux grooms se dirigèrent rapidement vers l'impressionnante voiture. Jasper et Alice sortirent, ressemblant à des stars de cinéma avec leurs lunettes noires. Je sortis maladroitement, engourdie par les longues heures de voiture. Jasper ouvrit le coffre, et le personnel obséquieux déchargea rapidement les sacs dans un chariot. Ils étaient assez bien entraînés pour n’offrir aucun signe de surprise devant notre manque de réel bagage. L'intérieur sombre de la voiture avait été très froid ; sortir à l'extérieur dans Phoenix un après-midi, même à l'ombre, c'était comme mettre ma tête dans un four prêt à griller. Pour la première fois ce jour-là, je me sentis chez moi.

          Jasper traversa d'un pas assuré le hall vide. Alice restait prudemment à mes côtés, les grooms nous suivant avec nos affaires. Jasper s'approcha du comptoir, inconscient de son allure royale.

          - Bower, fut tout ce qu'il dit à la réceptionniste à l'air professionnel.
          Elle entra rapidement ses informations, et seuls quelques infimes regards vers l'idole aux cheveux blonds devant elle, trahissaient son professionnalisme.

          Nous fûmes rapidement menés à notre grande suite. Je savais que les deux chambres réservées l'étaient simplement pour ne pas enfreindre les règles de la bienséance. Les grooms déchargèrent efficacement nos sacs alors que je m'assis faiblement sur le sofa, et Alice alla visiter les autres chambres d'un pas de danseuse. Jasper leur serra la main alors qu'ils partaient, et le regard qu'ils s'échangèrent en se dirigeant vers la porte était plus que satisfait ; il était jubilant. Puis nous nous retrouvâmes seuls.
          Jasper alla vers les fenêtres et ferma bien les rideaux. Alice apparut et laissa tomber le menu du room service à côté de moi.
          - Commande quelque chose, ordonna-t-elle.
           - Je vais bien, dis-je faiblement.
          Elle me lança un regard noir et récupéra le menu. Marmonnant quelque chose à propos d'Edward, elle prit le téléphone.
          - Vraiment, Alice... commençai-je, mais son regard me fit taire.
          Je reposai ma tête sur l'accoudoir du sofa et fermai les yeux.

          Un coup à la porte me réveilla. Je sursautai si rapidement que je glissai du sofa, tombant sur le sol, et me cognai la tête contre la table basse.

          - Ouille, m'exclamai-je à moitié assommée, en me massant le crâne.
          J'entendis Jasper rire brièvement, et relevai les yeux pour le voir se couvrir la bouche, essayant de refouler le reste de son amusement. Alice alla à la porte, pressant fermement ses lèvres, les coins de sa bouche frémissant.
          Je rougis et remontai sur le sofa, me tenant la tête entre les mains. C'était mon repas ; l'odeur attirante de la viande rouge, du fromage, de l'ail et des pommes de terre flottait autour de moi. Alice porta le plateau aussi facilement que si elle avait été serveuse pendant des années, et le posa sur la table à mes genoux.

          - Tu as besoin de protéines, expliqua-t-elle, soulevant le dôme argenté pour révéler un large steak et une sculpture de pomme de terre décorative. Edward ne sera pas content s'il sent que ton sang est anémique quand il viendra ici.
          J'étais presque sûre qu'elle plaisantait.
          Maintenant que je sentais la nourriture, j'avais faim à nouveau. Je mangeai rapidement, sentant mon énergie revenir alors que les sucres frappaient ma circulation sanguine. Alice et Jasper m'ignoraient, regardant le journal télévisé et parlant si rapidement et faiblement que je ne pouvais comprendre un mot.
          Un second coup retentit à la porte. Je sautai sur mes pieds, évitant de peu un nouvel accident avec le plateau à moitié vide sur la table basse.
          - Bella, tu as besoin de te calmer, dit Jasper, alors qu'Alice répondait à la porte.
          Un membre du personnel lui donna un petit sac avec le logo Hilton dessus et partit silencieusement. Alice le prit et vint me le tendre. Je l'ouvris et trouvai une brosse à dents, du dentifrice, et toutes les autres choses critiques que j'avais laissées à l'arrière de ma camionnette. Les larmes me montèrent aux yeux.
          - Vous êtes si gentils avec moi. 
          Je regardai Alice puis Jasper, bouleversée.

          J'avais remarqué que Jasper était habituellement le plus prudent possible et gardait ses distances avec moi, je fus donc surprise quand il vint à mes côtés et posa sa main sur mon épaule.
     
      - Tu fais partie de la meute, maintenant, plaisanta-t-il, souriant chaleureusement.
          Je sentis soudainement la lassitude se répandre dans mon corps; mes paupières devinrent trop lourdes pour rester ouvertes.

          - Très subtil, Jasper, entendis-je Alice dire d'un ton ironique.
          Ses bras froids et minces se glissèrent sous mes genoux et derrière mon dos. Elle me porta, mais je m'endormis avant qu'elle ne me pose sur le lit.

          Il était très tôt quand je me réveillai. J'avais bien dormi, d'un sommeil sans rêves, et j'étais plus alerte que d'habitude au lever. Il faisait sombre, mais des rais de lumière filtraient de sous la porte. Je me penchai au bord du lit, cherchant une lampe sur la table de nuit. Une lumière s'alluma au-dessus de moi, je sursautai, et Alice était là, agenouillée à côté de moi sur le lit, sa main sur la lampe qui se trouvait stupidement au dessus de la tête de lit.

          - Désolée, dit-elle tandis que je m'affalais sur l'oreiller, soulagée. Jasper a raison, continua-t-elle.
    Tu as besoin de te relaxer.
          - Oui, eh bien ne lui dis pas ça,
    marmonnai-je. S'il essaye de me relaxer encore plus je serai dans le coma.
          Elle rit.

         
    - Tu as remarqué, hein ?
          - S'il m'avait frappée derrière la tête avec une poêle ça aurait été moins flagrant.
          - Tu avais besoin de dormir.

          Elle haussa les épaules, souriant toujours.

          - Et maintenant j'ai besoin d'une douche, beurk !
          Je réalisai que je portais toujours la robe bleue, qui était beaucoup plus froissée qu'elle n'aurait dû l'être. Ma bouche était pâteuse.

          - Je crois que tu vas avoir un bleu sur le front, mentionna-t-elle alors que je me dirigeais vers la salle de bain.
          Après m'être lavée, je me sentis beaucoup mieux. Je mis les vêtements qu'Alice m'avait posés sur le lit, un chemisier vert qui semblait être fait de soie, et un short en lin. Je me sentais coupable de voir que mes nouveaux vêtements étaient beaucoup mieux que tous ceux que j'avais laissés derrière moi. C'était agréable de pouvoir enfin faire quelque chose de mes cheveux ; les shampooings de l'hôtel étaient d'une très bonne qualité et mes cheveux redevinrent soyeux. Je pris mon temps pour les sécher, pour qu'ils soient parfaitement raides. J'avais le sentiment que l'on ne ferait pas grand-chose aujourd'hui. Une inspection de près dans le miroir révéla une ombre de plus en plus visible sur mon front. Fabuleux.
      Quand j'émergeai enfin, la lumière filtrait aux bords des rideaux épais. Alice et Jasper étaient assis sur le sofa, fixant patiemment la télé presque silencieuse. Il y avait un nouveau plateau-repas sur la table.
          

         - Mange,
    dit fermement Alice en le désignant du doigt.
     
     Je m'assis avec obéissance sur le sol, et mangeai sans faire attention à la nourriture. Je n'aimais pas l'expression sur leurs visages. Elle était trop calme. Ils regardaient la télé sans détourner le regard, même si ce n'était que des publicités qui passaient. Je repoussai le plateau, l'estomac soudain noué. Alice baissa les yeux, jetant un coup d'œil au plateau toujours plein avec un regard de mécontentement.
           
         - Qu'est-ce qui ne va pas, Alice ? demandai-je.
          - Tout va bien.
          Elle me regarda avec de grands yeux honnêtes que je ne crus pas une seconde.
        
      - Alors qu'est-ce qu'on fait maintenant ?

          - On attend que Carlisle appelle.
          - Il n'aurait pas déjà dû appeler maintenant ?

          Je pouvais voir que j'étais proche de la vérité.  Les yeux d'Alice se dérobèrent vers le téléphone portable, sur son sac en cuir, puis vers moi à nouveau.
          - Qu'est-ce que ça veut dire ?
          Ma voix tremblait, et je me battais pour la contrôler.
          -
     Qu'il n’a pas encore appelé ?
          - Ça veut juste dire qu'ils n'ont rien à nous dire pour l'instant.

          Mais sa voix était trop calme, et l'air était soudainement plus difficile à respirer.
         
    - Bella, dit Jasper dans une voix suspicieusement douce. Tu n'as pas à t'inquiéter. Tu es parfaitement en sécurité ici.
          - Tu crois que c'est pour ça que je m'inquiète ?
    demandai-je, incrédule.
          - Alors pour quoi d'autre ?
          Il était aussi surpris. Il devait sentir la teneur de mes émotions, mais ne pouvait pas lire ce qui les provoquait.
          - Tu as entendu ce que Laurent a dit.
          Ma voix était basse, mais ils pouvaient m'entendre facilement, bien sûr.
          - Il a dit que James était un meurtrier. Et si quelque chose tournait mal, et qu'ils étaient séparés ? Si quelque chose leur arrivait, à Carlisle, Emmett... Edward... (Je déglutis.) Si cette femelle sauvage blessait Rosalie ou Esmé... (Ma voix était devenue plus perchée, une note d'hystérie commençant à monter.)
    Comment est-ce que je pourrais vivre avec moi-même en sachant que c'est de ma faute ? Aucun de vous ne devrait risquer sa vie pour moi…
     
      - Bella, Bella, arrête,
    m'interrompit-il, ses mots sortant rapidement. Tu t'inquiètes à propos des mauvaises choses, Bella. Fais-moi confiance là-dessus – aucun de nous n'est en danger. Tu es assez sous pression comme ça, ne rajoute pas des inquiétudes complètement inutiles. Écoute-moi… (J'avais détourné les yeux.) Notre famille est forte.
    Notre seule peur est de te perdre.
          - Mais pourquoi vous…

          Ce fut Alice qui m'interrompit cette fois, touchant ma joue avec ses doigts froids.

          - Ça fait presque un siècle qu'Edward est seul. Maintenant qu’il t'a trouvée, notre famille est complète. Penses-tu qu'on pourrait le regarder dans les yeux pour les cent prochaines années s'il te perdait ?
          Ma culpabilité s'apaisa alors que je regardais ses yeux foncés. Mais, même si le calme envahissait mon corps, je savais que je ne pouvais pas faire confiance à mes sentiments tant que Jasper était présent.

    Stephenie Meyer


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